PIERRE BÉGUIN

ET LE MORT SE MIT À PARLER

Roman
2017. 214 pages. Prix: CHF 30.–
ISBN 978-2-88241-423-6


Biographie

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Dans l'évangile de Luc, le mort qui se met à parler est le fils unique d'une veuve de Naïm, ressuscité par Jésus, pris de compassion pour elle. Dans le roman de Pierre Béguin, Wilfrido Soto, laissé pour mort, au milieu d'autres morts, dans «une grosse cuve en métal», s'en échappe et fait une déposition à la police.
Pour vivre Wilfrido Soto ramasse des cartons, des vieux papiers, des bouteilles vides dans les rues d'une ville de Colombie. C'est un «cartonero»… En passant devant l'Université, le premier jour du Carnaval, il est appelé par un gardien, qui lui propose des cartons à emporter avant que les camions à ordures ne passent.
C'est un piège. Il est roué de coups de bâtons par quatre hommes, qui le maintiennent, pendant qu'un cinquième, celui qui l'a appelé, le poignarde entre les côtes, puis dans l'estomac, enfin à l'épaule. Il fait le mort. Alors ils le transportent dans une pièce très froide et le placent dans une cuve déjà pleine de cadavres.
À l'Université de cette ville côtière des Caraïbes, le lendemain, la police trouve, dans des cuves remplies de formol, dix cadavres: «Les victimes sans exception, étaient des indigents sans papiers, vivant [...] du recyclage, tous décédés de traumatisme crânio-cérébral et de blessures à l'arme blanche.» Comme Wilfrido Soto...
Des cuves sont retirés, «outre les dix cadavres, quatre crânes encore couverts de lambeaux de peau, vingt-trois membres inférieurs, huit membres supérieurs, trente-deux foies ou morceaux de foie, des viscères, une vingtaine de côtes et des centaines d'osselets...» Mais ne s'agit-il pas d'une faculté de médecine?
Après deux jours d'investigation, «ce qui n’était au début qu’une agression de quelques gardiens contre un indigent [menace] maintenant de tourner au scandale national en pleine liesse populaire.» Parce que cette investigation révèle un trafic d'organes qui bénéficie de connivences entre la finance et la politique:
«Les financiers disent quand et sur qui il faut tirer. Les politiciens exécutent…»
Un des personnages du livre dit à la fin: «Nos démocraties sont des façades qui dissimulent les réalités brutales du capitalisme…» Mais ne faut-il pas entendre par là ce qu'il faut bien appeler capitalisme de connivence? Ce capitalisme dévoyé qui demande au législateur de faire des lois à ses convenance et profit:
«Les lois prolifèrent comme des cellules cancéreuses, semant dans leur sillage des prisons qui jamais ne se vident, ajoute le même personnage…»
Au début du livre le narrateur, vingt-cinq ans après les faits, explique pourquoi il les relate. C'est pour lui une tentative de réparation. Il n'en attend pas une forme de rédemption, mais bien plutôt l'accomplissement d'un devoir trop longtemps repoussé: il aurait dû le remplir à l'époque, mais le courage lui a fait défaut…
À la fin du livre le lecteur apprend qui est le narrateur et comprend ce qu'il voulait dire dans son avertissement: «Ce drame fut pour moi un moment de vérité. J'y ai gagné à bon compte une certaine considération. Avec la carrière et le prestige qui l'escortent habituellement. Mais j'y ai laissé aussi un morceau d'âme...»

Blog de  FRANCIS RICHARD

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Colombie. Une ville industrielle sur la mer des Caraïbes. Alors que le carnaval déploie ses fastes et ses folies, un indigent est laissé pour mort dans une cuve de formol de la faculté de médecine. Ce qui ne devrait être qu'un banal fait divers dans un pays livré à la violence quotidienne va se révéler l'un des plus grands scandales que le pays ait dû affronter. Un scandale rapidement étouffé, mais qui laisse voir, le temps d'un carnaval, les pires facettes de la condition humaine.
Basé sur un drame survenu en 1992 – et déjà abordé par l'auteur dans un précédent roman (Joselito Carnaval, 2000) –, «Et le mort se mit à parler», allégorie du monde moderne comme il va mal, tient le lecteur en haleine jusqu'à la dernière page.

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Extrait de l'œuvre

«L'affaire de l’Université lui apparut tout à coup comme une sorte d'allégorie d’un monde dépourvu de tout garde-fou moral où le mercantilisme systématisé, en colonisant l'espace social jusque dans ses ultimes strates, avait poussé l'idéologie du profit au plus haut degré du cynisme. Une société d'anthropo­pha­ges !
Le juge éprouva, face au défi qu'il devrait relever, une sensation de vertige presque physique. En même temps, il se demandait s'il ne se laissait pas entraîner sur la pente de ses propres démons. Son esprit méticuleux, son besoin obsessionnel de savoir que chaque chose est à sa place, son sens de la retenue, soutenu par une prudence qui passait pour vertueuse au palais de Justice, s’accom­modaient très mal de ce brusque dérapage de l'enquête sur un terrain qui, au-delà de ses dangers, allait nécessiter esprit d'initiative, culot et sens de l'improvisa­tion. Pourtant, lui qui évitait scrupuleusement toute situation non maîtrisée, lui qui se dirigeait ­résolument vers une carrière construite avec circonspection, à coups d'instructions solides et méthodiques, se sentait tout à coup investi d'une mission qui le flattait au moins autant qu'elle le dépassait.»


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