SONIA BAECHLER

ON DIRAIT TOI

2013. 224 pages. Prix: CHF 32.-
ISBN 978-2-88241-335-2

Sélectionné pour le Prix des cinq continents 2014
Lauréate du Prix de la Loterie romande 2014 (Société des Écrivains valaisans)


Biographie

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Manifestations, rencontres et signatures
Index des auteurs


La narratrice, en évoquant la vie de son aïeule un siècle plus tôt dans une description qui passe tantôt du présent au passé, donne une image de la «Vallée» qui ressemble singulièrement au Valais.
Elle aime ce pays qui retient et enferme ses habitants, prison aimée dont on a du mal à s’échapper, surtout au début du vingtième siècle. Elle évoque ces femmes qui rêvent de pays lointains et qui restent là.
La vie de son arrière-grand-mère et la sienne s’entremêlent, se tressent, s’imbibent de surnaturel et de rêve.
Quelques coups de griffes attaquent avec une pointe d’ironie l’Église, les traditions des vignerons et le machisme ambiant.
Un beau tableau de famille: «Aux branches de mon arbre généalogique se balancent des curés défroqués, des bonnes sœurs, des sages-femmes, des juges, des violonistes, des travestis, des consacrés, des alcooliques, des vieux fous, des suicidés, des immolés, des paumés» et une superbe peinture de la montagne.

JULIETTE DAVID, 
Suisse Magazine

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Le Prix de la Loterie Romande que décerne chaque année la Société des écrivains valaisans est attribué en 2014 à Sonia Baechler pour son roman On dirait toi. Originaire de Sallins, la lauréate anime aujourd’hui à Orbe des ateliers d’écriture à l’intention des 12-16 ans. Nous avions déjà beaucoup apprécié son précédent et premier livre intitulé Minutes d’éternité, nouvelles publiées en 2009 chez le même éditeur. Celui-ci est d’une veine différente bien que l’on y retrouve le tempérament de l'auteur dans ses lignes de force. Il s’agit de deux destinées de femmes qui s'expriment sur la destinée d’un siècle, Marie-Adèle et la narratrice, toutes deux issues de la «Vallée» qui de rituels en routines donne à voir une société industrielle avec sa suite de personnages contrastés. On y croise notamment Oswald, Célestin, le juge Antoine, Julienne, Grégoire, Louis, l’oncle Daniel, Jacqueline, et le curé Philémon qui est censé connaître Dieu mieux que personne. Chacun d’eux se cherche à sa manière et parfois à son insu.
Marie-Adèle dans sa jeunesse éprouvait l’attrait de l’ailleurs, l’appel du large. La religion finira par les lui fournir puisqu’elle se retirera dans un couvent. Le lecteur suit l’une et l’autre dans leurs interrogations, jusqu’aux lointains échos de l’enfance qui dans les communautés villageoises demeure vivace et se prête à tout genre d’évocation plus et mieux qu’en milieu urbain. Les vingt-deux courts chapitres établissent en pointillés une carte instructive de la vie d’un terroir étalée sur cent ans d’expériences individuelles et collectives, petites et grandes. Dans le déroulement des émotions certaines portes sont laissées ouvertes, d’autres fermées. Des mystères, des méandres parcourent le récit de bout en bout et le lecteur y évolue avec aisance grâce à l’écriture souple et aérée de Sonia Baechler, qui ne manque ni de poésie ni d’humour.

J.T.,  Cahier de la SEV

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L’écrivain Sonia Baechler, originaire de Salins, est la seule finaliste suisse parmi les dix auteurs en lice pour décrocher le Prix de la Francophonie.
Une Valaisanne séduit la francophonie


C’est une future maman épanouie  qui arrive au rendez-vous. «Je dois accoucher au début août normalement», souligne en souriant Sonia Baechler après les salutations d’usage. À 39 ans, la Salinsarde rayonne, consciente que dans quelques jours, sa vie personnelle va changer. Ou presque. «Je ne me rends pas bien compte de l’impact de l’arrivée d’un bébé dans ma vie de couple, on verra bien», ajoute-t-elle d’un ton serein.
Sonia Baechler vit au jour le jour, sans se poser mille et une questions sur le lendemain. Actuellement, elle savoure le bonheur de porter son premier enfant. Un moment heureux de plus dans l’existence de l’écrivain. La Valaisanne vient d’apprendre qu’elle figurait dans les dix derniers finalistes pour décrocher le prix des cinq continents de la Francophonie avec son livre On dirait toi. «Ce livre marque une étape. D’ailleurs, quand j’ai verni le bouquin, je venais d’apprendre que j’étais enceinte. La vie est parfois étrange, non?» sourit-elle.

L’éloge de la lenteur

Chez Sonia Baechler, tout est douceur. La presque quadragénaire dégage une sorte de quiétude. Pas étonnant pour cette femme qui fait l’éloge de la lenteur. «J’aime prendre le temps. D’ailleurs, je ne suis pas très rapide pour écrire une histoire. J’ai besoin que les choses mûrissent, que les personnages soient si présents dans mon imaginaire que je me sente presque forcée d’écrire.»
L’écrivain laisse les personnages venir à elle. Lentement mais sûrement. Jusqu’au jour où elle se met à écrire. Sans trop savoir où l’histoire va la mener. «Je n’ai pas de plan prédéfini de l’histoire. Je me laisse emporter. Souvent, j’arrive là où je n’aurais jamais pensé aller.» Dans sa bulle de création «où le temps n’a plus d’importance», Sonia Baechler laisse les mots courir sur sa page. Sans souffrance. Magie de la création. «J’ai toujours eu des personnages qui vibraient autour de moi. La moindre chose me fait partir dans l’imaginaire», souligne-t-elle en se qualifiant de «rêveuse». «Alors, ça oui... Je suis très rêveuse », confie-t-elle, en se souvenant de ses 14 ans où elle passait tout son temps dans sa chambre pour écrire. En osmose avec ses personnages. «C’était une année de black-out total. J’étais dans mon monde.»
Aujourd’hui encore, ses personnages ne la quittent pas. Ils lui apparaissent parfois la nuit, dans ses songes. «C’est troublant car c’est comme si j’inventais mes propres fantômes. J’ai déjà rêvé de phrases que je retranscris telles quelles le lendemain.»
Ses personnages ont souvent un lien avec des personnes qu’elle connaît ou a connues en Valais. «Mais, ensuite, je les habille physiquement et psychologiquement à ma manière et ils ne ressemblent plus aux gens que je connais à la fin.»
Si Sonia Baechler n’habite plus le Valais depuis plusieurs années, elle reste profondément attachée à son canton de naissance, tout en éprouvant l’envie de s’en éloigner aussi. «Je suis un peu entre deux. Je sens juste que j’ai besoin de revenir en Valais régulièrement. Cela me ressource», raconte l’auteure, établie aujourd’hui à Chardonne, dans le canton de Vaud. «J’aime ce village entouré de vignobles, et qui, dans ce sens-là, me rappelle aussi le Valais.»

Pas de hasard

Un nouveau lieu de vie qui n’est sans doute pas un hasard. La future maman l’avoue. Chaque étape de sa vie a contribué à construire la femme qu’elle est aujourd’hui. «Tout a eu un sens, une utilité. Je ne changerais rien à mon parcours même si je le pouvais. Sur le moment, quand on vit des choses difficiles, on aurait envie de les effacer, mais avec le recul, je me rends compte que toutes les souffrances, dont les chagrins d’amour, m’ont appris quelque chose.» L’écrivain a su trouver un enseignement de ses échecs. À être tolérante avec elle, aussi. Sa force. «Je le dois à ma maman qui est très déculpabilisante et m’a toujours aidée à aller de l’avant.»
En prononçant ces mots, Sonia Baechler se demande sans doute quelle maman elle sera, elle. «Je verrai bien comment je vais gérer la maternité. Mais je suis sûre que plus le temps avancera, plus je serai amoureuse de ce bébé.» Elle sait aussi qu’elle parlera à son enfant du Valais «pour qu’il sache d’où il vient.» «Mon compagnon, qui a du sang grec, me dit souvent qu’il aura fort à faire pour défendre le côté grec devant le valaisan», sourit Sonia Baechler. Reste à savoir si cet enfant aimera les Alpes ou aura le pied marin... «On verra bien.»

Changements craints

De nouveau, Sonia Baechler ne tient pas à faire des plans sur la comète. Sereine, elle veut juste vivre le moment présent. «Mais je ne suis pas olé olé comme ça pour tout, relativise-t-elle soudain. Par exemple, j’ai peur de perdre les gens que j’aime.» La presque quadragénaire a de la peine aussi avec les changements trop rapides, la vitesse à laquelle tourne le monde, le stress. «L’évolution de la société me fait un peu peur. Je me demande parfois si j’arriverai à suivre.»
La Valaisanne a besoin de ses moments de pause, de tranquillité qu’elle trouve dans l’écriture. «L’acte d’écrire permet à mon âme de rester là.» Sonia Baechler, une belle plume et une belle âme.


La seule Suissesse élue parmi 103 candidats

Avec son livre On dirait toi (Bernard Campiche Éditeur), Sonia Baechler est l’un des dix écrivains sélectionnés pour remporter le Prix des cinq continents de la Francophonie 2014 de 10 000 euros (12 000 francs). Elle est la seule finaliste suisse parmi les candidats provenant de France, du Canada et d’Algérie. En tout, 103 écrivains ont concouru. «Cela me touche beaucoup, car même si mon histoire part d’une inspiration du Valais, je ne voulais pas faire de régionalisme et j’espérais que tout lemonde se sente concerné où qu’il se trouve dans le monde», explique-t-elle. Le jury désignera le lauréat le 26 septembre à Paris et remettra le prix en novembre, en marge du XVe Sommet de la Francophonie à Dakar.

CHRISTINE SAVIOZ,  Le Nouvelliste

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Imaginons une vallée entourée de montagnes, couverte de vignobles et de pâturages. Une vallée resserrée sur elle-même, et sur les hommes et les femmes qui y demeurent depuis des générations.
Une vallée où traditions et religion font bon ménage, où chaque famille  s’agrippe bec et ongles au moindre m2, où l’héritage est considéré comme un trésor inaliénable, où la société conservatrice s’abrite derrière les principes, où jalousement, on cache les travers de la vie (suicide, enfant adultérin, etc…). Cette vallée pourrait ressembler au Valais suisse.
Sonia Baechler fait revivre avec talent le passé de son arrière grand-mère, Marie-Adèle. Une arrière grand-mère qui lui ressemble. Et la construction de ce récit qui mélange passé et présent fonctionne comme par magie,
Contrairement aux habitudes et aux traditions, Marie-Adèle ne suit pas du tout le destin que sa mère, avant de mourir, lui a assigné: devenir religieuse contemplative, enfermée dans un couvent pour racheter, par la prière, les pêchés familiaux et rouvrir ainsi à sa famille, les portes du paradis. Elle ne sera pas nonne, quoique…
Elle se mariera, quittera le domicile et les terres familiales, sera tentée par l’Argentine et la fuite au loin, épousera un homme qui la laissera veuve avec trois enfants et des dettes.
Avec le soutien moral de Maria, une Italienne émigrée, libre et décomplexée, elle fera face. Tiendra un café, remboursera les dettes et élèvera ses enfants.
Mais au crépuscule de la vie, l’ombre d’un cloître l’attirera et, enfin en paix, elle pourra s’entretenir avec les esprits de la montagne et tutoyer la chenegauda.
Voici aux éditions Bernard Campiche, un roman abouti, au style magnifique, avec des passages aux accents poétiques.
Il ya du Mauriac et du Bobin dans ce beau roman de Sonia Baechler,  jeune auteure de la Suisse Romande.

CENTRE FRANCOPHONIE DE BOURGOGNE

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Des histoires en héritage

«Qui suis-je, perdue à la frontière entre le passé et le présent, le monde des vivants et celui des revenants?» Laissant le Valais de ses ancêtres derrière elle, la narratrice de «On dirait toi» retient encore un instant les images du passé. Autour d’elle, les morts parlent et la terre se souvient. Alors, elle prend la plume pour raconter avec eux, combler les non-dits, les oublis et les espoirs restés sans réponse. Un roman comme une invocation, en hommage à l’héritage que chacun porte en soi

Le deuxième roman de Sonia Baechler se dévoile comme un mystère: par étapes, les yeux bandés ou au contraire éblouis, le lecteur se laisse porter d’avant en arrière, du sommet de la montagne au creux de la vallée. Qui est Marie-Adèle, la rêveuse? Comment devient-elle sœur Jeanne-Françoise, la recluse? Combien de générations la séparent de la narratrice à qui elle ressemble tant? Les destins de ces deux femmes se croisent et s’entremêlent, séparés par un siècle mais liés malgré elles par leur pays natal. De l’une à l’autre, des vies multiples s’interposent ou disparaissent. «Aux branches de mon arbre généalogique se balancent des curés défroqués, des bonnes sœurs, des sages-femmes, des juges, des violonistes, des travestis, des consacrés, des alcooliques, des vieux fous, des suicides, des immolés, des paumés», énumère la narratrice. Et sans oublier Madame Maria, l’Italienne qui connaît les secrets du désir ou Philémon le curé gastronome, chacun laisse sa trace dans l’histoire de la vallée.
La vallée est plus qu’un lieu de naissance, c’est un ancrage. Le tunnel et les montagnes qui la séparent du reste du monde semblent infranchissables à ses habitants. Ceux qui ont essayé de traverser sont restés bloqués à la frontière, retenus par la famille, l’habitude ou la terre elle-même. Sonia Baechler rend avec beaucoup de finesse les attaches et les hésitations qui lient profondément un être au lieu qui l’a vu grandir. Ces premiers liens, ce sont les gens, dont les petites vies influent d’une manière ou d’une autre sur celle de la narratrice. Le paysage, dont l'auteur s’applique à décrire les aspérités autant que les douceurs, s’accrochent à la jeune adulte sur le point de quitter son village. Évitant de tomber dans les clichés, le roman s’inscrit dans le terroir valaisan avec nostalgie et ouvre sur des interrogations universelles. Une région a ses reliefs, ses habitants, mais aussi sa langue. De même qu’elle s’attache aux montagnes de son enfance, Sonia Baechler donne la parole à ses personnages aux accents valaisans. Ici, les enfants sont «dedans leur monde, dedans leur bonnet»; ils côtoient le «chouhon» (soûlon) et le «mège» (guérisseur), et farfouillent dans les «murgères» (tas de pierres). Une série de lettres insérées dans le récit ajoutent encore à cette authenticité langagière, avec ses «si j’aurais» et les expressions du pays. L’oralité ne cède cependant en rien la place à la poésie. Aux dialogues patoisants répondent des métaphores entre ciel et terre, et un goût pour le répétitions rythmées. Les chapitres même se font écho, ouvrant et fermant le récit dans une boucle incantatoire. C’est que la narratrice aime commencer un livre par la fin et l'auteure jouer avec son lecteur. La narration s’échappe ainsi parfois de son récit pour se commenter elle-même, quand ce ne sont pas les morts qui interviennent pour demander des comptes: «C’est comme ça que je sors de votre histoire?»
Les défunts, en effet, sont omniprésents. Tout comme l’alcool et la religion, qui imprègnent chaque instant de la vie du village. Ceux qu’on allait enterrer se relèvent parfois d’une simple cuite, tandis que le curé s’amadoue avec du fendant. Le lecteur s’amuse de ces contradictions, que l'auteure exploite avec autant de comiques que de bons sens. Les paysans eux-mêmes ne sont pas dupes: «Quel prodige que la religion quand elle offre le gîte et le couvert!» Ils préfèrent cependant mettre toutes les chances de leur côté, d’où leur foi superstitieuse dans la «cosa», produit miracle contre l’alcoolisme. Onguent, rituels et décoctions font ainsi partie de l’ambiance particulière du roman, autant que l’abricotine et les chapelets. Le comique dans «On dirait toi», c’est aussi les ragots, les magouilles et les atavismes. Échapper à ses gènes, est-ce possible?, se demande la narratrice, un verre de blanc limé à la main pour toute réponse.
Malgré une jolie dose d’humour sur la question, «On dirait toi» se présente en réalité comme un hommage à l’héritage, si ridicule ou si noble soit-il. La famille et le pays lèguent avant tout des histoires, peu importe qu’elles soient résout fausses: elles font qui nous sommes. Des anecdotes qu’elle entend ou devinent, la narratrice construit un passé, mais aussi un présent. Par le récit, elle invoque ses ancêtres et exorcise ses peurs, pour mieux avancer. Le titre du roman dit l’essentiel: d’un siècle à l’autre, d’un lieu à l’autre, je te ressemble. On n’échappe pas à son héritage. Au contraire, le récit le prolonge, avec la possibilité, un jour, de réaliser les rêves des ancêtres.
Avec ce deuxième roman publié aux éditions Bernard Campiche, la jeune auteure valaisanne explore les questionnements et les espoirs de plusieurs générations d’enfants devenus adultes, puis parents à leur tour. Comme recevoir et comment transmettre? Comment partir et revenir? Jeunes adultes, ses personnages rêvent d’ailleurs et de liberté. Marie-Adèle, des billets en poche pour l’Argentine, ne pourra pourtant pas, comme d’autres avant et après elle, dépasser la vallée. Retenue sur la terre qui l’a vue naître, elle ne saura jamais que, deux générations plus tard, une autre Marie-Adèle quittera la montagne, emportant avec elle un portrait et des histoires en héritage.
En vingt-deux courts chapitres, d’une vie à l’autre, le roman de Sonia Baechler traverse un siècle comme dans un souffle. Le temps pour la narratrice d’écouter une dernière fois passer la «Chenegauda» qui raconte les morts, et pour le lecteur de se laisser emporter dans un récit aussi vif et mystérieux que la neige de printemps.

LOUISE BONSACK, 
Les Lettres et les Arts

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Sonia Baechler, une vie dans un miroir en mille morceaux

C’est toute une existence que l’écrivaine valaisanne Sonia Baechler met à nu dans Minutes d’éternité, son premier livre, paru en 2009. Et comme son titre l’indique, cet ouvrage se présente comme une collection de flashes éclatés, d’instants littéraires menus qui portent sur un sujet donné. Les chapitres sont courts, les pages tournent vite, en dépit d’une écriture poétique très travaillée, précise, d’un abord pas forcément aisé.
Il y a la religion catholique, empreinte de mystères et de silences qu’on aimerait percer – un aspect qui sera présent aussi dans On dirait toi, que Sonia Baechler a publié à la fin 2013. Il y a aussi la question de la naissance, celle du mariage, puis de la séparation. Celle de l’amour, encore. Et celle du rejet de tout le poids des conventions.
Les voix sont diverses, les personnes (vous, je, elle,...) se succèdent pour parler de la même femme, qui pourrait être l’auteure se regardant dans un miroir en mille morceaux. L’auteure ose même la forme de la page de journal, exclusivement afin de décrire un voyage à Bogotà, par flashes encore plus courts que d’habitude puisqu’ils correspondent à des entrées journalières – ce qui donne de l’importance à cette expédition. Le lecteur peut avoir l’impression, à force de voir le personnage placé au centre de ce livre décrit par des voix aussi diverses qui sont en fait identiques, que l’auteure fait exploser la notion de narrateur. Il n’aura pas tort...
Cette diversité des voix reflète la diversité de ce qu’on pourrait appeler des distances focales: l’utilisation d’une troisième personne du singulier, juste après un chapitre à la première personne, donne une saisissante impression de recul, de détachement. Cela suggère que tout au long des pages de ce livre, se déroule une véritable recherche de soi - qui s’achève par un dernier chapitre rédigé à la première personne du singulier, qui résonne précisément comme un retour à soi. La boucle est bouclée: hors préambule (intitulé "Minutes d’éternité"), le premier chapitre de ce livre est aussi rédigé à la première personne du singulier.
Est-ce un roman? Les descriptions qu’en font l’auteur et l’éditeur dans le paratexte de l’ouvrage évitent soigneusement le terme, lui préférant celui de livre. Nous respecterons ce refus du terme de «roman». Cela dit, Minutes d’éternité emprunte au genre romanesque une certaine forme de narration, éclatée mais indiscutable. Et comme souvent dans la littérature d’aujourd’hui, et en particulier dans les romans actuels, Minutes d’éternité joue avec le réel et laisse au lecteur le soin de répondre seul à la question de la réalité des épisodes décrits.

Blog de
DANIEL FATTORE

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Sur la terre des sorcières

«Les morts font partie de ma ronde. Entre eux et moi, juste un voile. Si fin quand j’y pense. Il me suffit d’un pas en avant, il leur suffit d’un pas en arrière, et je distingue leur visage. (...) Nous sommes face à face, présent contre présent.» Le dernier roman de Sonia Baechler, auteure des nouvelles Minutes d’éternité en 2009, est tout entier dans ce va-et-vient entre deux mondes, dans cette transgression de la frontière. Ici les morts s’invitent, parlent à la narratrice, lui racontent leurs histoires, et les chapitres d’On dirait toi alternent entre ces deux espaces loin d’être imperméables. C’est qu’il s’agit de ses ancêtres, et qu’ils ont en partage un lien viscéral à la Vallée, cette contrée âpre et belle qui évoque le Valais d’origine de l’auteure.
À partir de vieilles photos et de quelques lettres s’engage donc un dialogue par-delà le temps, où l’imagination s’emballe pour donner corps et vie à ces voix venues de loin. Une foule de personnages surgissent, et avec eux toute une époque. Il y a Madame Maria, l’étrangère devenue veuve, libre et souveraine entre ses chats, son gramophone et ses contacts avec l’au-delà, sa sagesse millénaire, ses remèdes étranges. Il y a quelques curés bienveillants, un méchant Juge et un amoureux décevant, des maris alcooliques, des drames et des rêves échoués, des naissances et des morts. Il y a surtout Marie-Adèle, aïeule de la narratrice, qui rêve d’Argentine et de vastes horizons. On dirait toi, lui souffle sa photo jaunie. Mais à cette époque, pas facile d’être libre, surtout pour une femme, prise au piège entre les montagnes et la morale catholique. Et l’on ne quitte pas facilement cette terre des sorcières où rôde la Chenegauda...
L’histoire de Marie-Adèle, de sa descendance et de cette fière région est entrecoupée par les réflexions de la narratrice, par ses intuitions surtout, tant elle semble reliée à ces disparus, à l’écoute de leurs souffles. À travers ses élans de liberté et ses désirs fulgurants, ce sont eux qui s’expriment. Un dialogue qu’elle ne cesse de commenter, comme si elle n’en finissait pas de s’émerveiller devant ces personnages qui ont pris forme dans le miroir de son imagination.

ANNE PITTELOUP, 
Le Courrier

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En pèlerinage à Longeborgne

«À la fois sauvages et minérales, les gorges de la Borgne sont un lieu de communion avec le ciel», lance Sonia Baechler au départ du sentier des Pèlerins, à Bramois. La romancière valaisanne sait de quoi elle parle. Ces lieux, elle les connaît comme sa poche. Ils ont inspiré son dernier roman, On dirait toi, qui retrace le destin d’une femme de la vallée entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle et témoigne en filigrane de son enfance dans le Vieux-Pays, entre culture catholique, légendes et tradition viticole.
Le torrent de la Borgne, qui longe le parcours, roule des eaux impétueuses venues du glacier de Ferpècle situé au fin fond du val d’Hérens. «Enfant, ce parcours, je l’ai fait et refait, avec l’école ou en famille, raconte la jeune écrivaine. Mon roman est né en quelque sorte dans les eaux de la Borgne et le pèlerinage de Longeborgne a servi de décor à mon histoire.» Entre les hautes falaises qui s’élèvent au-dessus de nous telles de véritables murailles naturelles, quelques arpents de vigne parviennent cependant à capter les rayons du soleil. Le large sentier serpente à flanc de coteau, rythmé par les quatorze stations qui jalonnent le chemin de croix. Lacet après lacet, lumignons et fleurs témoignent de sa fréquentation tout au long de l’année.

Cinq siècles d’histoire

Une série de marches nous permet enfin d’accéder à l’ermitage de Longeborgne, à 585 mètres d’altitude. Ici des moines bénédictins vivent depuis 1924. «Ces lieux ont une histoire vieille de plus de cinq siècles», rappelle Sonia Baechler, au moment de pénétrer dans la chapelle dédiée à Notre-Dame-de-la-Compassion. À l’intérieur du sanctuaire creusé à même le rocher, plus de 170 ex-voto recouvrent les murs. «C’est la plus importante collection du Valais», précise Frère François Huot. Ce bénédictin vit seul ici depuis onze ans et accueille avec bienveillance les quelque 50 000 pèlerins qui viennent chaque année s’y recueillir. Autour du cloître, sur une petite terrasse naturelle avec vue sur le Scex-Rouge et la pointe du Mandelon, un jardin potager, des arbres fruitiers et quelques arpents de vigne témoignent de l’histoire des lieux et de ses habitants. Si des bénédictins se sont succédé à Longeborgne, il y a eu aussi quelques ermites. «Le Père Hugues a vécu dans une grotte située au-dessus du cloître jusqu’en 1965, raconte Frère François. Il se levait à 3 heures du matin et commençait sa journée par trois heures de prières. C’était un modèle de piété, de spiritualité, mais aussi d’humanité. Il était du reste extrêmement populaire parmi les gens du coin.»

Un air de printemps

Après cette pause spirituelle, nous empruntons un chemin escarpé qui traverse une chênaie et nous mène à une petite cavité appelée le Trou-des Nains: «On raconte qu’en rampant depuis là, on peut rejoindre la grotte où le père Hugues a vécu», raconte Sonia Baechler. Pour notre part, nous nous contenterons de suivre le sentier, qui mène au coteau du Creux-de-Nax. Un soleil radieux nous y accueille. Puis nous redescendons en direction de Bramois, en longeant des buissons d’aubépine. Le foehn agite les sarments de vigne. Dans les rangs, des ouvriers agricoles s’activent aux derniers travaux de taille. L’hiver touche à sa fin, du moins en plaine. En face de nous, sur l’autre versant de la plaine du Rhône, les montagnes sont encore blanches. Un nuage vient coiffer le sommet du Hautde-Cry, ce qui fait dire à notre guide: «Signe de mauvais temps pour le lendemain, disent les anciens!»

CLAIRE MULLER, 
Terre et Nature

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À la recherche de liberté

L’écrivaine de Salins Sonia Baechler sor son deuxième roman, «On dirait toi» aux Éditions Bernard Campiche. Une réussite littéraire

Après Minutes d’éternité Sonia Baechler, auteure valaisanne qui commence  tracer un sillon bien défini et authentique dans l’univers des lettres romandes, nous propose On dirait toi, une immersion dans une Vallée qui pourrait être le Valais, un récit qui couvre plusieurs générations, qui nous parle d’enfermement, de société patriarcale, en vase clos, de rêves de liberté et de voyage, pourquoi pas l’Argentine avec Marie-Adèle. Les institutions, la cellule familiale ont également leur poids existentiel et on retrouve finalement un Valais tourmenté, profond, épris d’indépendance avec des Valaisans ouverts vers un autre monde qui s’annonce à eux.

Interview

— Vous publiez ici votre roman. Aviez-vous, en l’écrivant cette crainte de l’accueil que lui réserverait le public après le beau succès de Minutes d’éternité?
— Le succès de Minutes d’éternité n’ayant tout de même pas été un succès mondial, je n’ai pas ressenti de pression. Écrire On dirait toi a été une véritable aventure qui m’a menée jusqu’au cœur de moi-même. J’ai vécu avec mes personnages durant plus de deux ans. Peut-être même portais-je déjà en moi ces questions et ces histoires pendant l’écriture de Minutes d’éternité. La vraie difficulté était ailleurs. Je pensais être maîtresse de mon rythme d’écriture, contrôler mes choix, mon sujet, mais j’ai découvert que c’était l’écriture qui me faisait danser comme bon lui semblait. J’aurais voulu écrire un deuxième livre très vite après Minutes d’éternité mais j’ai dû me rendre à l’évidence: l’histoire se révélerait lentement. Au début, l’impatience m’a joué des tous. Mais peu à peu, j’ai trouvé un rythme et laissé l’histoire se raconter.

— Du XIXe au XXIe siècle, plusieurs générations assistent aux transformations fondamentales d’un Valais à la fois enfermé et désireux de s’ouvrir sur le monde. Marie-Adèle et son histoire vous ont-elles donné des ailes?
— Marie-Adèle est un personnage de fiction. Elle est née de dizaines de petites histoires, emmêlées les unes aux autres, que l’on m’a racontées, de petits bouts de vie de certains de mes ancêtres et de mon imagination qui a largement pris le dessus sur la réalité. Il y a sûrement un peu de moi dans ce personnage épris de liberté, qui se cherche sur la route et qui se trouve là où il ne s’attendait pas à se trouver. Marie-Adèle trouve sa liberté à la faveur des mots, tout au fond d’elle-même. Faiseuse d’histoires, elle voyage où ses sens la portent. S’ouvrir au monde c’est peut-être aussi s’ouvrir à son monde à soi…

— Emprisonnement et liberté, appartenance identitaire et mondialisation, avez-vous l’impression que vos personnages sont pris entre des tenailles parfois dévastatrices?
Mes personnages se cherchent, chacun à leur façon, à différentes étapes de leur vis. Ce qui peut être interprété comme un événement dévastateur peut aussi être vu comme une délivrance. Je laisse à chacun de mes personnages, sans jugement, le choix de cette délivrance. Ils la trouvent dans la bouteille, la lecture, le couvent, la mort ou la magie des mots…

— La religion catholique tient un rôle important dans vos narrations, un rôle parfois castrateur mais qui peut également être saisi avec une certaine distance et un sourire parfois?
— J’ai beaucoup de tendresse pour tout ce qui, en ce bas monde, est imparfait… et c’est ainsi que je perçois l’église catholique. Je la regarde avec humour et distance mais je l’interroge aussi.
Je suis particulièrement touchée par les propos du pape François qui, en ce début 2014. donne un nouveau visage, plus tolérant, moins jugeant, moins obscur, au catholicisme.

— Les institutions comme la justice, l’État, la religion, l’enseignement ont un poids parfois écrasant dans vos récits. Pensez-vous que les choses aient beaucoup changé aujourd’hui?
— Les formes ont changé mais par les «combines»…

— Entre tradition et globalisation où vous situez-vous?
J’ai énormément de respect et d’amour pour les traditions mais je me sens libre d’aller et de venir tant dans le monde que dans mon esprit. Je garde précieusement tout ce que j’ai appris, et je me tourne avec curiosité vers tout ce que le dehors, l’inconnu, l’autre peuvent m’apporter.

— Vous placez-vous dans la ligne des écrivains valaisans d’aujourd’hui comme Bastien Fournier ou Jérôme Meizoz?
— Je ne suis pas certaine de vouloir m’inscrire dans une lignée. Je viens d’écrire un roman où il est question d’amour de ses origines mais de liberté… S’inscrire dans une lignée littéraire serait pour moi encore une lignée dont il faudrait que je me libère… Je préfère dire que j’admire le travail de Jérôme Meizoz que j’ai découvert avec la sortie de «Séismes». Je lis ses livres avec beaucoup de plaisir et j’y trouve çà et là des voix qui font écho à la mienne. Lignée ou pas, ses mots vont du dedans vers le dehors, il s’ouvrent et j’aime. Je ne connais pas encore les écrits de Bastien Fournier.

— Quels sont vos projets à court terme?
— Les projets… je me méfie. Disons simplement que l’écriture fait partie de ma vie, qu’elle va et vient à son rythme, que je la laisse libre et que je la retrouve toujours avec plaisir. Plusieurs histoires essaient de se glisser dans ma tête, je vais simplement leur laisser le temps de prendre place, de prendre corps. Elles naîtront quand elle devront naître et ma plume sera heureuse de leur donner vie.


Bioexpresse

1975 Naissance de Sonia Baechler à Salins.

2009 Publication d’un premier recueil de nouvelles «Minutes d’éternité» aux éditions Bernard Campiche. Ces nouvelles retracent les différentes étapes de la vie d’une jeune femme en passant par son éducation, sa découverte de l’amour et sa rencontre avec le monde. Première nouvelles bien accueillies par la critique.

2013 Sonia Baechler travaille à Orbe et anime des ateliers d’écriture.

2013 Bernard Campiche publie son deuxième roman «On dirait toi»: fin du XIXe siècle, une jeune femme née dans la Vallée rêve d’émigrer vers un ailleurs lointain. Début du XXe, une autre jeune femme, elle aussi née dans la Vallée, déroule le destin de son arrière-grand-mère et rêve aussi de liberté…

JEAN-MARC THEYTAZ, 
Le Nouvelliste

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Sonia Baechler vous accueille avec un sourire chaleureux. Un sourire qui a du soleil dedans

D’aussi loin que remonte son souvenir, Sonia écrit. Une oreille pour les propos du professeur, mais la plume qui court sur le papier. Et les mots surgissent comme un torrent fougueux des montagnes de ce pays qui l’a vue naître. Car le Valais natal est une source intarissable d’inspiration. Sans jamais le nommer, il est le théâtre de son roman On dirait toi. À sa mère, elle déclare un jour: «J’écrirai un livre!» Comme quoi, il convient de prendre au sérieux les déclarations des adolescents, surtout lorsqu’elles sortent du cadre de la logique des adultes.
Dans son premier manuscrit envoyé à Bernard Campiche, l’éditeur urbigène décèle le ferment du talent de la jeune femme. Sous le titre Minutes d’éternité il publie vingt nouvelles. «Sans ce recueil, je n’aurais pu m’ouvrir à autre chose. J’avais besoin de créer un passage» relate Sonia. Pour elle, chaque mont est une musique qu’elle entend, la nuit surtout ou dans sa voiture. Un rêve, une phrase cueillie dans une conversation ou dans un livre et la vanne s’ouvre. Et les mots s’écoulent, libres et puissants. Qui sonnent juste. «Petite, j’étais trop dans la poésie. Comme toute ma famille est valaisanne, je rêvais d’apports méditerranéens dans mes gênes!» confie-t-elle.
Pendant deux ans et demi, elle fréquente l’université à Fribourg, passe cinq mois en Colombie et autant au Canada. Elle enseigne quelques mois à Sainte-Croix avant de gagner la plaine de l’Orbe. Elle s’arrêtera une année au Collège de Couvaloup à Bavois puis file de l’autre côté de la verdoyante vallée. «J’ai reçu un accueil formidable à Orbe!» Ses élèves adorent ses cours. Le jeudi, elle anime avec bonheur un atelier d’écriture pour des jeunes qui ont entre 12 et 16 ans.
Il y a quatre ans, elle avait l’idée d’un roman mais elle n’est pas parvenue à maturation. Celle du Valais revenait, obsédante. «Non! Je ne veux pas écrire sur le Valais!» Mais cette histoire prend trop de place dans sa tête alors Sonia doit l’explorer. «Ce n’est pas moi qui ai décidé de l’écrire, c’est l’histoire qui a décidé de s’installer. Tous mes ancêtre m’ont parlé. Ils étaient au pied de mon lit. Ils marchaient à côté de moi. Ce sont des voix de chez moi.» Avant d’ajouter: «J’ai aimé mes personnages. Il m’a été pénible de les laisser partir.»
Mais Sonia Baechler invitera d’autres personnages au festin de la littérature. «Je vais écouter ce qui est encore à venir.» promet-elle.

ÉLIANE HINDI, 
L’Omnibus

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Comment lit-on un livre? De bout en bout, comme je le fais, scrupuleusement, quitte à relire? En diagonale, comme les gens pressés qui cherchent l’essentiel et le manquent? En lisant depuis la fin jusqu’à la première page, pour, une fois l’histoire dévoilée, reprendre depuis le début si les mots vous ont plu?
C’est de cette dernière façon que la narratrice du livre de Sonia Baechler lit les livres et qu’elle fait connaissance avec l’existence des absents et des vivants qui peuplent ses nuits.
Dans un tel désordre apparent, elle se meut avec aisance pour raconter Marie-Adèle, son arrière-grand-mère, et se raconter elle-même, qui ressemble tant à sa bisaïeule qu’elle peut se dire en la voyant en pensée: On dirait toi.
Le récit n’est donc pas chronologique, ni unidimensionnel. Il remonte à la verticale, part à l’horizontale, s’installe à une époque, puis redescend le temps. Il se passe dans la Vallée, en échappe par le Tunnel, puis revient. Ces allers et retours dans l’espace et le temps sont très bien évoqués par la narratrice quand elle s’interroge sur ses racines:
«Et si mes racines n’étaient pas seulement linéaires, si elles ne suivaient pas seulement une hiérarchie verticale? S’il était aussi question de racines horizontales comme pour ces plantes capables de refaire sur une même branche, à partir d’un bourgeon, de nouvelles racines? Je serais alors en devenir et capable de me ramifier en n’importe quel point, de m’élargir, de garder la mémoire verticale tout en suivant mon chemin à l’horizontale.»
Les deux femmes, Marie-Adèle et la narratrice, sont des «libres-penseuses», des esprits libres, indifférentes aux convenances. Il faut dire que, dans leurs gènes, «circulent sans vergogne des chromosomes frondeurs»...
Toutes deux lisent, écrivent et décrivent la Vallée et ceux qui l’habitent.
Leur univers est celui des vignes:
«Le fendant et la gnole me sont pour ainsi dire tombés dessus.» dit la narratrice.
C’est un univers catholique, où la ferveur et la crainte de l’enfer n’empêchent pas d’écouter la Chenegauda la nuit tombée:
«La légende parlait de ces nuits de tempêtes pendant lesquelles les rivières pleuraient, les arbres s’enlaçaient et les prières s’élevaient. Elles rôdaient les âmes damnées; et il était interdit de lever le regard sur leur voile blanc.»
C’est un univers où tout le monde ne peut pas avoir la vocation monastique et où l’on peut préférer se marier... et ne pas trouver saint de diviser le corps et l’esprit.
C’est un univers où les femmes n’ont pas droit de cité. Le beau-père de Marie-Adèle, par exemple, juge de son état, pense ainsi:
«Le vote des femmes? Une hérésie! Ça nous tient déjà suffisamment par le pantalon! Un jour ça pense là, le suivant ça pense ici, moi je dis qu’elles saboteraient toute la Vallée.»
C’est un univers communautaire:
«Naître dans et de la Vallée c’était faire partie d’un clan, lui-même divisé en une infinité de sous-clans.»
C’est un univers qu’il est donc difficile de quitter et où un héritage peut vous coller «à l’âme et au corps tellement fort que vous ne pouvez que l’aimer»...
Dans cet univers évoluent des personnages hauts en couleur. Ils appartiennent à une parentèle qui se montre peu déférente envers la moindre autorité et vit au cours des deux temps éloignés de Marie-Adèle et de son arrière-petite-fille. Laquelle en vient pourtant à écrire que ces deux temps se confondent, voire se dissolvent:
«Nous empruntons le même ciel mais pas le même chemin, nous marchons côte à côte dans deux temps différents , deux temps qui ne font qu’un seul, deux temps qui n’ont jamais existé, n’existent pas, n’existeront jamais. Deux temps qui se touchent seulement par la pointe de mon stylo qui a de la peine à s’arrêter, de la peine à reprendre son souffle.»
Ce récit apparemment chaotique, en réalité très construit, trouve son origine dans la photo d’une femme - qui porte le même nom et le même sourire que la narratrice –, et y retourne:
«Je la tiens entre mes mains et j’ai l’impression de voir le monde de là-haut. Je monte et je tourne. Je tourne et je monte jusqu’à fendre l’espace et le temps. Toujours dans le même sens, à l’intérieur d’un cercle parfait. Comme un vertige...»
Un vertige étourdissant... et fascinant.

Blog de FRANCIS RICHARD

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On dirait le Valais

Plongeon saisissant dans un certain XXe siècle, On dirait toi est le deuxième livre de l’écrivaine valaisanne Sonia Baechler. Il fait revivre les ambiances et le quotidien d’un endroit qui pourrait être le Valais.
Dans ce vieux pays surnommé «La Vallée» par l’auteure, la famille et l’héritage sont des institutions de poids: «Il y a toutes sortes d’héritages. Des terres, des lettres, des costumes parfois trop petits, des comptes en banque, des gênes, des maladies ou des ressemblances physiques. Dans mon pays, l’héritage est sacré.» Encaissés, étouffants, les lieux sont irrigués par le Fleuve et par le Nectar, faiseur impénitent de fortunes et d’infortunes.
Les chapitres de On dirait toi sont des tableaux qui mettent en scène des personnages hauts en couleur comme l’Italienne Maria, Marie-Adèle et Louis, le Chouon (soûlon) ou la mystérieuse Chenegauda. Certains secrets dévoilés ont le parfum de certains épisodes de Dallas: scène d’accident de voiture mise en scène pour faire casquer l’assurance d’un grand-père chauffard impénitent, décès criminel maquillé en mort naturelle.
L’écriture foisonnante et généreuse de ce roman se met au service de la peinture d’un univers en vase clos, dont il n’est pas facile de partir, même s’il est empreint de rêves d’Argentine. Elle est aussi le véhicule d’un regard capable de prendre du recul afin de susciter le sourire au détour d’une phrase.

DANIEL FATTORE, 
La Liberté, Magazine culture

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Lundi 9 décembre 2013, entretien de Sonia Baechler avec Pierre Philippe Cadert, «Vertigo», RTS, «La Première».

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Mardi 3 décembre 2013, entretien de Sonia Baechler avec Jean-Marie Félix, «Entre les lignes», RTS, «Espace 2».

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On dirait Sonia Baechler, cette Marie-Adèle née au XIXe siècle et qui, comme son arrière-petite-fille, a le Valais dans le sang, avec tout ce que cela comporte d’amour et de révolte, d’appartenance et de liberté. La plume tantôt lyrique, tantôt ironique de l’auteure restitue avec profondeur et réalisme quatre générations de femmes et un siècle de transitions dans un monde baigné de l’air pur des Alpes, et pourtant clos.

Site internet de Payot-Libraire, Yverdon-les-Bains

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Fin du XIXe siècle, une jeune femme née dans la Vallée rêve d’émigrer vers un ailleurs lointain. Début du XXIe, une autre jeune femme, elle aussi née dans la Vallée, déroule le destin de son arrière-grand-mère en transgressant les barrières du temps.
Sonia Baechler, entrée récemment en littérature, publie un roman d’une rare puissance évocatrice. Chaque page y évoque un Valais aux contrastes saisissants. Entre le dehors et le dedans.
Elle s’appelle Marie-Adèle. Elle est née sur les hauts de la Vallée où s’écoule le grand Fleuve. Dès son plus jeune âge, elle se projette au delà des mers pour rejoindre des terres lointaines, propices aux hommes épris de liberté. Mais le destin est capable de contrarier les rêves d’ailleurs. Qu’à cela ne tienne! Marie-Adèle trouvera sa liberté intime à la faveur des mots, porteurs d’imaginaire. Elle sera faiseuse d’histoires.
Un siècle après son aïeule, une femme se souvient de sa propre enfance alors qu’elle vivait dans ce pays fondé sur la religion catholique, les légendes populaires et la tradition viticole. Se produit alors le prodige: son histoire s’enchevêtre peu à peu à celle de son arrière-grand-mère. Deux portraits se superposent, s’enlacent, se révèlent l’un l’autre. Passé et présent se rencontrent dans le même espace.
On dirait toi est le deuxième livre publié par celle qui se dit «Valaisanne à cent pour cent». Au cœur de son œuvre naissante, la question de l’appartenance, de l’héritage et de la transmission par delà les générations.
«Tous les murs sont couverts de mon héritage du sol au plafond, de la cave au grenier, de l’enfer au paradis.»

Site internet de l’émission radiophonique Entre les lignes

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Il est dit que lors de la parution d’un deuxième livre, le lecteur attend l’auteur «au contour». Sonia Baechler l’a négocié magistralement. Son livre est sorti en octobre dernier chez Bernard Campiche. Une œuvre forte,  à l’écriture racée, qui vous prend et ne vous lâche  que les dernières lignes dégustées. Et encore!…
Où il est question d’une photo.
Et d’une quête de la narratrice partie sur les traces d’une arrière-grand-mère qui, après avoir élevé quatre enfants, se retire au couvent et y achève son existence. Dans sa jeunesse, Marie-Adèle avait, chevillés à l’âme, des rêves d’évasion. Franchir le tunnel, qui au fond de la Vallée, s’ouvre sur le monde! Mais personne ne sort de la Vallée, surtout pas une femme.
Autour de Marie-Adèle gravitent des personnages brossés en quelques traits précis, incisifs. Mais toujours avec une infinie tendresse. Il y a Madame Maria, «cette femme qui chevauchait la vie à califourchon comme les diablesses.» Et l’oncle Daniel et son violon que l’on dirait ensorcelé. Ou bien le juge engoncé dans ses principes et terrorisant femme et enfants. Sans oublier la Chenegauda!
Et puis il y a la terre qui ne nourrit pas toujours ses fils, alors ils la vendent parfois, à cœur défendant «pour une nouvelle misère». L’histoire n’est pas linéaire. Comme la vie. L’écrivain prend des chemins de traverse et le lecteur perd un peu de ses repères. Mais pas longtemps. Humour et poésie cheminent dans le roman, main dans  la main. Si l’écrivain égratigne un peu l’église catholique, c’est avec une ironie légère. «Le péché mortel est rare et peu lucratif pour l’Église de nos jours.» Ou encore: «Les prières ne sont pas un bon moyen de contraception».
Sonia Baechler est de la lignée des Zermatten, Follonier, Chappaz, Corinna Bille. «Marie-Adèle était une faiseuse d’histoires. Elle les filait tous les soirs au rouet». On dirait toi, Sonia, qui as dans la tête tant d’histoires à nous conter encore et encore! Ton monde onirique est si dense, si foisonnant de personnages hors norme, de lieux hors cadre! Tu as des mots «qui essaiment magie et fantaisie dans notre quotidien». Merci.

ÉLIANE HINDI
, L’Omnibus. Journal de la région d’Orbe

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Avec On dirait toi, la belle Sonia Baechler propose un roman ample, qui couvre plusieurs générations, de l’arrière-grand-mère à la narratrice. En même temps qu’une recherche sur le passé, elle offre le portrait d’un canton qui ressemble à s’y méprendre au Valais.
Un canton plein de personnages pittoresques, sur lequel la religion met sa marque. «Aux branches de mon arbre généalogique se balancent des curés défroqués, des bonnes sœurs, des sages-femmes, des juges, des violonistes, des travestis, des consacrés, des alcooliques, des vieux fous,  des suicidés, des immolés, des paumés.»
Beaucoup de monde pour une quête des racines qui mène la narratrice sur la piste de Marie-Adèle et de son destin exemplaire de femme, dans une vallée conservatrice, à la fin du XIXe et au début du XXe. À cette vie redécouverte, retracée, se mêlent les questions de la narratrice, qui scrute le portrait de cette arrière-grand-mère en qui elle se reconnaît. Sa recherche en miroir la pousse à s’interroger sur son identité propre, sur son parcours, et sur le lien qui la noue à la vallée des origines.
Le projet est englobant, le texte ambitieux. Sa charpente est faite par les poutres de thèmes récurrents: l’ici et ailleurs, le départ, l’enracinement, la femme et la tradition, la lignée
Une recherche constante de littérature se perçoit dans le livre, qui se présente tout à la fois comme une chronique familiale, un roman, une analyse du Valais, un récit singulier et collectif.
Cette variété a les défauts de ses qualités: de petits problèmes de vraisemblance narratologique.
Un exemple d’hésitation entre l’objectivité de la quête et l’omniscience romanesque : Marie-Adèle est bonne du curé Philémon, qui dort tout seul, porte fermée. Comment l’arrière-petite-fille peut-elle alors savoir que le curé, «en cachette de Dieu» imagine « les hanches et les fesses rondes et fermes de Shéhérazade aller et venir sur son corps de sultan »?
Petites inconséquences que ne remarqueront que les esprits vétilleux comme le mien. Le point fort de cet ouvrage est ailleurs. Dans une analyse fine, en profondeur, du Valais dont Sonia Baechler comprend et retrace bien les ressorts: une machine qui enferme, aimée par ceux qu’elle emprisonne.

ALAIN BAGNOUD
, Blogres

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{…} Aux branches de mon arbre généalogique se balancent des curés défroqués, des bonnes sœurs, des sages-femmes, des juges, des violonistes, des travestis, des consacrés, des alcooliques, des vieux fous,  des suicidés, des immolés, des paumés. À la lumière des lanternes, l’arbre immense surprend le ciel et, tandis qu’à ses racines emmêlées poussent mes cadeaux, j’accroche de part et d’autre des épis qui craquent et roulent en étincelles. {…}

Un extrait du livre:

Dans certains endroits du monde, la terre ne se vend pas. Courent les nomades, les gitans, les cheveux aux quatre vents ! Le sol n’appartient à personne, pas plus que l’eau de la source, l’air ou le sel de la mer. Pas de ça dans la Vallée. On meurt pour son terrain, pour le quart du réservoir, le tiers du moulin et le huitième d’alpage. La montagne se compte en cuillères, en hectares, en litres, avec une carabine à plombs, la pelle et le fil barbelé. C’est comme ça que j’ai appris à penser, à compter sur mes doigts, les cousins de cinquième degré, les demi-parts de granges et le dixième de la récolte de pommes de terre.
Là au milieu nous sommes, Marie-Adèle ! Toi et moi, emmêlées, enchevêtrées l’une à l’autre, liées à la Vallée, à son goût minéral, à ses mousses et à ses neiges qui tombent, qui couvrent, qui nous refusent le départ, le retour, un endroit autre où repiquer nos racines. Qu’on me libère ! crie mon âme. À quoi mon corps répond : Que la montagne, la terre, la terre, ma terre se souvienne toujours de mon nom, de ton nom.


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