L’auteur, comme il le dit lui-même est un
raconteur d’histoires. Il aime sa ville d’Olten et le chat noir qui en
est le roi. Tout au long des chapitres, il nous fait la chronique de
cette petite ville, qui ressemble à beaucoup d’autres. Ce sont de
paisibles descriptions, avec une surface unie sous laquelle il observe
l’irrésistible mouvement du temps qui passe et qui, peu à peu,
transforme l’existence des habitants. Il y a toujours de savoureux
articles sur le brouillard, le hooliganisme des dame âgées, Soleure ou
les cheminots, les problèmes de l’auteur avec ses lecteurs.
La traduction d’Anne Cuneo est un régal.
JULIETTE DAVID, Suisse magazine
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Alex
Capus parle de sa ville d’origine, Olten (Suisse orientale; grand nœud
ferroviaire suisse): de la beauté de la gare, du parfum de la fabrique
de chocolat, des «gaillards» sauvages et des «méchantes» filles, des
braves citoyens et de la folie quotidienne qui nous maintient envie
jour après jour.
Une déclaration d’amour du grand narrateur à cette petite ville, étant
entendu que de grandes villes comme Zurich ou Berlin ne sont rien
d’autre que dix ou cent Olten pris l’un après l’autre.
La ville dont le roi était un chat
Il y a un peu plus d’un an, j’ai été charmée par un petit livre en allemand intitulé Le Roi d’Olten. Je n’en connaissais pas l’auteur, Alex Capus. J’ai été conquise dès la première page.
J’ai aussitôt offert de traduire Le Roi d’Olten, et le livre vient de paraître en français.
Je n’écris pas cette chronique pour parler de mon travail, mais pour partager mon plaisir, et présenter un auteur.
Alex Capus est né en Normandie, et il parle parfaitement le français.
Les aléas de la vie ont fait qu’il a grandi dans la ville de sa mère,
Olten. Il a étudié à Bâle, en allemand, a travaillé comme journaliste,
notamment à l’Agence télégraphique suisse, il a beaucoup voyagé, mais
il est toujours revenu à Olten. Il a écrit une douzaine de romans, tous
plus beaux l’un que l’autre. En allemand. Un seul a été traduit en
français, Un avant-goût de printemps, et a eu une distribution si confidentielle que peu de gens l’ont lu. Son dernier livre, Léon und Louise,
tout juste paru, est en traduction aux Éditions Acte Sud, et j’espère
que quand il sortira en français il aura le succès qu’il mérite.
En attendant, vous pouvez faire la connaissance d’Alex Capus en lisant Le Roi d’Olten,
ça ouvre l’appétit, et permet d’approcher un auteur formidable et une
ville dont la plupart d’entre nous ne savent rien. Dans une série de
vignettes, Alex Capus dépeint avec humour et tendresse (et sans
complaisance) le cadre dans lequel il vit: les policiers bourrus et
tatillons, l’ivrogne unijambiste, les industriels qui délocalisent (le
problème est dépeint par petites touches à travers les odeurs qui
flottent dans l’air d’Olten), les baigneurs de la piscine municipale,
et surtout Toulouse, un chat noir et blanc auquel aucune porte ne
résiste. Et dans ce cadre, Alex Capus se dépeint lui-même. L’ensemble
donne à la fois un portrait inédit d’Olten, et un excellent
autoportrait d’Alex Capus. On voit se profiler l’écrivain, le
journaliste, le responsable politique (Capus est président de la
section d’Olten du parti socialiste), qui essaie, pas toujours avec
bonheur, de tout faire à la fois: écrire, militer, s’occuper de ses
enfants (il en a cinq), se préoccuper de la vie sociale d’Olten, éviter
de mettre les pieds dans le plat. Je vous conseille un exercice (que
j’ai fait): lisez Le Roi d’Olten
puis allez faire un tour à Olten en suivant les itinéraires suggérés
par Capus. Vous irez sans doute comme moi de découverte en découverte.
Et vous direz, comme l’auteur, qu’il y a des Olten partout et que, tout
compte fait, même une grande ville est faite de cinquante Olten mis
bout à bout.
Vous constaterez peut-être en fin de compte, vous aussi, que la magie
opère. En réalité, il y a à Olten plusieurs rois: Toulouse, Alex Capus
et, le temps d’une visite, vous-même.
ANNE CUNEO, 24 Heures
Suivez le chat
«Comme
j’ai déjà tenté de l’expliquer deux fois, le roi d’Olten est un chat
noir et blanc appelé Toulouse, qui, grâce à ses dons exceptionnels,
règne sur la Vieille-Ville», écrit Alex Capus dans Le Roi d’Olten,
troisième texte du recueil du même nom. Il essayera de cerner son
insaisissable félin au fil de six de la vingtaine des courtes proses
qui composent Le Roi d’Olten,
avant de laisser la place à d’autres thèmes: le hooliganisme des dames
âgées et celui des jeunes écrivains, Olten et sa piscine publique, son
brouillard et ses villas tranquilles, les voisins curieux, l’importance
des cheminots… De fait, c’est Olten, ville d’origine de l’écrivain
franco-suisse, qui constitue le personnage principal de ces récits
parus entre 2002 et 2009 dans divers journaux et revues. Mais «depuis
lors beaucoup d’eau a coulé sous les ponts de l’Aar; nous avons changé
, et Olten est devenue une ville radicalement différente», prévient
Capus en guise d’avant-propos. Le ton est donné: humour en demi-teinte
et autodérision s’allient à une simplicité sensible et doucement
ironique pour donner forme à de savoureuses proses où l’auteur s’amuse
à jouer avec la réalité. Sous le charme de ce regard faussement naïf,
on le suit sans se faire prier.
Au fil de ces balades à Olten et dans son histoire se dessine le
portrait de l’auteur, notamment dans son rapport à l’écriture. Dans
«Devoir filial», il relate l’attente après qu’il a envoyé son nouveau
livre à sa mère, ces quelques jours avant qu’elle ne l’appelle, très
inquiète pour lui et son avenir. Les «battements de cils du bonheur»,
ce sont ces brefs instants de félicité que procure l’écriture entre
deux «éternités d’incertitude et de doute de soi». Mais Capus met en
garde: «Le problème , c’est que les gens veulent toujours croire tout
ce qu’ils lisent.» Et de raconter comment voisins et amis se
reconnaissent dans ses romans et refusent de croire qu’il n’a
jamais trouvé de berger allemand ou que son cadet n’est pas tombé dans
l’escalier. Avant de conclure par une délicieuse pirouette…
ANNE PITTELOUD, Le Courrier
«Je me souviens d’Olten»
Olten,
c’est sa ville d’origine. Alex Capus y est venu avec sa mère en 1967.
Il a six ans. Et il a observé sa ville. Devenu journaliste et
romancier, il a écrit pour différents journaux des chroniques douces
amères, ironiques et tendres sur Olten. Cela fait un peu «je me
souviens» puisque d’entrée Alex Capus précise que tout a changé,
qu’Olten n’est plus la même. Si l’on excepte son trop fameux brouillard
qui «s’insinue dans les os», alors que «l’âme se couvre de
moisissures». Mais sans le brouillard, Olten ne serait pas Olten et
l’on n’irait pas admirer le monde depuis le sommet de la Froburg,
au-dessus de la «peuffe».
Alors il se souvient des odeurs de chocolat et de biscuit que
distillaient les usines. Et des autres fabriques, fermées depuis,
délocalisées. Il se souvient de la gare, fabuleuse. Il se souvient du
chat Toulouse, le roi de la vieille-ville, qui savait ouvrir les portes
et faire reculer les voitures. Il se souvient de l’Aar, redevenue
propre et où l’on entend rouler les cailloux. Il se souvient de
Stripper le rocker et des belles filles de 1976. Parler d’une ville,
c’est parler des gens – qu’Alex Capus aimerait pouvoir collectionner.
Parler du monde. Parler de nostalgie, aussi.
JACQUES STERCHI, La LibertéHaut de la page
«Je suis un raconteur d'histoires»
Le Roi d’Olten:
un bijou de livre traduit par Anne Cuneo. Où Alex Capus jette un regard
rempli d’humour et d’amitiés sur sa ville et ses concitoyens. Rencontre
avec l’auteur dans la cité soleuroise. Au bord de l’Aar, mais où la
gare n’est jamais loin.
— Olten fournit le décor de votre livre, Le Roi d’Olten, qui vient d’être publié en français: cette ville est-elle source d’inspiration pour vous?
— Oui, absolument. Olten est une petite ville charmante comme le sont
Le Locle, Bulle ou Yverdon. Toutes les petites villes sont uniques mais
se ressemblent en même temps. À Olten, je connais tout le monde et
certains peuvent se reconnaître dans mes histoires. Quand je parle
d’eux, c’est toujours avec le respect que tout être humain mérite. Je
n’insulte personne.
— Plus généralement, où trouvez-vous la matière de vos romans et récits?
— Très souvent, une histoire me mène à la prochaine. Quand je fais des
recherches pour un roman, je me plonge dans les archives, j’entreprends
des voyages en fonction du sujet, etc. Je finis toujours par tomber sur
d’autres idées et je n’ai qu’à décider lesquelles de toutes ces
merveilleuses histoires je ne vais pas raconter. Il y en a tellement et
partout.
— Le Roi d’Olten a été traduit par un autre écrivain renommé: Anne Cuneo. Avez-vous lu ses livres et, si oui, que pouvez-vous en dire?
— Anne est une très chère amie. On ne se voit pas souvent, mais nous
nous rencontrons parfois dans des festivals littéraires. Ou par hasard
dans le train! J’ai beaucoup d’estime pour elle et pour ses romans.
Comme elle, j’essaie de développer dans les miens un pan d’histoire en
cherchant à comprendre comment des gens ordinaires ont vécu une période
dramatique.
— Dans l’ensemble, vos livres ont été traduits dans plus de quinze langues: à quoi attribuez-vous ce succès?
— Au fait que je suis un raconteur d’histoires et les gens aiment qu’on
leur raconte des histoires. Et peut-être aussi parce que je m’efforce
de traiter mes héros avec respect. Je pense qu’il y a beaucoup de
lecteurs qui en ont assez de la vulgarité et de la méchanceté.
— Vous considérez-vous comme un écrivain suisse ou universel?
— Je suis un écrivain soit oltenois soit européen. Mon cœur ne bat pas
exclusivement pour la Suisse. En fait, je me sens très suisse quand je
suis en France et très français quand je suis de retour en Suisse. Un
sentiment que connaissent un peu tous les immigrés.
— Parce que vous vous sentez comme un immigré?
— Ah oui! Je me rends compte tous les jours que je suis pas tout à fait
comme les autres. Du reste, j’ai plus de copains italiens ou espagnols
que suisses cent pour cent pure souche. Vous savez, Olten est une ville
qui comptait à peine mille trois cents habitants il y a cent cinquante
ans (ndlr: elle en compte un peu moins de dix-sept mille aujourd’hui).
Tous les autres sont venus après, avec le développement du chemin de
fer. Donc, quelque part, nous sommes tous des immigrés, c’est très
facile de devenir un indigène.
— Vous ne vous sentez pas étouffer à Olten? N’avez-vous jamais rêvé de vivre à Zurich, Berlin ou Vienne?
— Ce sont des villes magnifiques, je ne le conteste pas. Mais, après
tout, Zurich n’est rien d’autre que dix fois Olten et Berlin rien
d’autre que dix fois Zurich, donc cent fois Olten. Je plaisante un peu,
bien sûr! Étant donné que j’ai le privilège de bouger beaucoup, la
petite ville n’est pas étouffante pour moi. Au contraire, elle a son
charme. C’est mon nid et, surtout, mes enfants grandissent bien ici.
— Olten est surtout connue pour sa gare. Beaucoup de gens y transitent mais peu s’y arrêtent…
— Et je le comprends parfaitement. Il n’est pas indispensable de
visiter Olten. Cela dit, j’ai des amis qui sont venus me voir de Berlin
et de Vienne et qui sont tombés sous le charme de cette petite ville.
Elle est située au pied du Jura, avec la forêt toute proche et, en même
temps, elle dispose d’une grande gare où s’arrêtent des trains pour
Paris, Hambourg, Berlin ou Milan. Nous avons neuf salles de cinéma, un
théâtre… Vous voyez, ce n’est pas le désert! Il y a un esprit qui règne
dans cette ville. Un esprit républicain. L’Oltenois est profondément
persuadé que nous sommes tous nés égaux. Ici, celui qui lève la tête un
peu trop haut risque d’en prendre pour son grade (rires)!
— Olten, c’est aussi la ville dont Peter Bichsel revendique l’origine…
— Et pas seulement! Il y a aussi Franz Hohler, Rolf Lappert, Ulrich Knellwolf… J’espère que je n’oublie personne!
— Et c’est au Restaurant de la Gare qu’avait été fondé, en 1970, le Groupe d’Olten: cette petite ville est-elle un creuset de la littérature suisse alémanique?
— Je ne sais pas, peut-être que l’on nous met quelque chose dans l’eau
potable? (rires). Non, sans blague, je pense que le cadre d’une petite
ville est bénéfique pour un écrivain. Dans une petite ville, je suis
obligé de m’intéresser à toutes les couches sociales. S’enfermer dans
un clan ne pourrait que nourrir un esprit étroit. C’est peut-être
paradoxal, mais la petite ville offre un univers plus vaste que la
grande ville.
Portrait
De Paris à Olten
Naissance. Le 23 juillet 1961, à Mortagne-au-Perche (Basse-Normandie), «La capitale du boudin!», lance-t-il.
Fils d’un psychologue parisien et d’une institutrice suisse, il vit les
six premières années de sa vie à Paris. C’est en 1967 qu’il déménage à
Olten avec sa mère.
Famille. Marié, Alex Capus est père de cinq garçons âgés de six mois à vingt et un ans.
Parcours. Il étudie l’histoire, la philosophie et l’anthropologie à
l’Université de Bâle. Il s’oriente ensuite vers le journalisme avant de
se consacrer à l’écriture.
Le Roi d’Olten. Un
recueil de vingt-quatre histoires (120 pages) paru aux Éditions Bernard
Campiche. Un petit bijou ciselé dans le cours des jours. Met de bonne
humeur et donne envie… d’aller à Olten.
JEAN PINESI, Coopération
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C’est dommage qu’on ne puisse pas collectionner des gens. J’aime
l’humanité dans toute sa diversité, et je suis du genre collectionneur,
je collectionnerai par conséquent volontiers des gens. C’est ainsi que commence un des vingt-quatre récits qui composent ce livre, intitulé Des lutins dans mon jardin,
qui fait apparaître dans son intrigue même un des procédés littéraires
efficaces sous la plume d’Alex Capus, le point de vue gigogne en poupée
russe qui crée de riches changements d’échelle. Bien sûr, c’est le
narrateur qui se dit collectionneur. Il se distingue, nous le savons
tous, résolument de l’auteur, comme l’affirme avec humour un autre
récit intitulé Fiction et vérité: Le
problème, c’est que les gens veulent toujours croire ce qu’ils lisent
[…] À quoi servirait une histoire si elle n’était même pas vraie? Je
comprends cela. En tant que lecteur, je ne suis pas différent.
Cependant, l’auteur, qui alors se superpose au narrateur,
rassemble – comme pour une collection, dans un désordre savamment
construit et avec une curiosité communicative, nombre de citoyens de la
petite ville d’Olten, en apparence très ordinaires, pourtant tous très
surprenants, qui par la bizarrerie de son histoire, qui par la banalité
réelle et rêvée de ses gestes.
Le roi d’Olten, un chat noir et blanc dénommé Toulouse (un autre nom de
ville, sûrement tout aussi ordinaire et tout aussi troublante!) passe
dans les premiers récits et laisse planer ensuite dans tout le livre un
regard attentif et amusé qui ne s’efface jamais vraiment, tel le
sourire du chat de Cheshire dans Alice au pays des merveilles.
Certains des faits recensés, parfois presque aberrants, le sont
d’ailleurs avec une sorte d’humour par l’absurde, très
pince-sans-rire. Ce chat semble pouvoir incarner une sorte de double du
narrateur, tout aussi présent-absent, et peut-être aussi l’ombre
nonchalante de l’écrivain, de n’importe quel écrivain qui tenterait de
comprendre le monde et chercherait l’expression exacte de son âme. Une sorte de double têtu, malin, assez ambivalent, entre noir et blanc, modeste au demeurant: N’exagérons
rien. Il va de soi que Toulouse n’est pas le roi d’Olten, mais un
simple chat de la Vieille-Ville. Il peut aussi ouvrir les portes et
inquiéter les passants, mais il ne donne pas d’ordres. Souvent,
il reste invisible et les récits, toujours un peu moqueurs,
déroulent de menus faits et gestes de citoyens moyens, voire médiocres,
mêlés à des considérations morales, philosophiques, politiques.
L’ironie reste discrète, mais ne rate pas son coup, habile coup de
patte, pas toujours patte de velours et c’est bien. Une sorte de
tendresse l’accompagne cependant toujours, mais sans concessions. Le
narrateur révèle peu à peu l’étrangeté et le ridicule d’une situation
ordinaire souvent émouvante, poussant parfois jusqu’au burlesque. Ce
narrateur rappelle celui des certains récits de Robert Walser, mais en
moins douloureux. Et j’ai cru reconnaître un double moins acerbe du
Marco Valdo d’Italo Calvino. Comme l’écrivain italien, Alex Capus
pointe ce qui change dans la vie de la petite ville, de la société dans
son ensemble aussi bien que ce qui ne change pas tout en donnant
l’illusion aux uns et aux autres de changer. Dans Vive la piscine,
apparaissent ces deux mouvements contradictoire qui s’incarnent en une
humanité bigarrée qui se succède à elle-même, indémodable: Lorsque
j’étais adolescent, les hippies organisaient au bord de l’Aar leurs
fêtes fleuries […] Plus tard, sont venus les malabars, qui n’enlevaient
jamais leurs bottes de motard […] et plus tard encore les gominés
chics, garçons et filles […] comme d’habitude et, pourtant, tout est
différent. Oui, en flux et reflux, l’histoire se fait, se défait
et se refait. L’écrivain parvient, à travers ces récits apparemment
anecdotiques, à tracer assez précisément et sans avoir l’air d’y
toucher, le portrait des transformations d’une ville, d’un
pays, d’un type de société, pour le meilleur et pour le pire, au gré de
l’évolution économique, des choix politiques, des tendances de
l’opinion. Certains quartiers sont peu à peu abandonnés ou réaffectés,
des espaces publics changent de sens politique en changeant de
fréquentation sociale. Mais, toujours, ce sont des hommes fragiles
qui animent ces lieux et tâchent d’y vivre comme ils peuvent. Et
l’écrivain semble bien aimer ces hommes et cette ville, il pense qu’on
finit toujours par y revenir, soi-même ou un jour ses enfants, car Paris, Moscou ou Madrid, ce n’est pas tout à fait ça. Sauf si l’on pense que ces villes si fluctuantes, si hautaines ne sont rien d’autre que dix ou cent Olten l’un après l’autre.
Je ne suis allée à Olten qu’une seule fois. C’était en 2008, à
l’occasion d’une très belle exposition qui avait été «délocalisée» à
l’Historisches Museum à la suite de circonstances dont je ne me
souviens plus très bien. J’avais été étonnée par la beauté et la
qualité de ces lieux (ce n’était pas forcément malin, semble me dire le
roi d’Olten). On pouvait regarder dans cette exposition deux petite
figurines de terre cuite d’une trentaine de centimètres, un homme et
une femme, assis sur des petits tabourets, en train de rêver, de
penser, de parler. Ces statuettes, découvertes en Roumanie, ont sept
mille ans. En lisant ce livre d’Alex Capus, je n’ai pu les empêcher de
souvent se superposer aux personnages qu’il a inventés. Comme elles, et
pour longtemps, les personnages attachants de ce livre parlent de moi,
du village où j’habite, de mes désirs et de mes craintes, de mes
attentes et de mes refus, de mes richesse et de mes ridicules, voire
pire. Comme ils parlent des vôtres. Sans animosité et avec grande
élégance. En souriant, en faisant sourire, un peu comme en passant,
mais comme le chat qui, parfois, reste au beau milieu de la chaussée et vous suit du regard, le défi dans l’œil, comme s’il était pour le moins un léopard.
Il convient donc d’être prudent, et de ne surtout pas bouder son
plaisir en lisant ces histoires attentives, drôles et finalement plutôt
attentionnées.
FRANÇOISE DELORME, Culturactif.ch
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