En voilà un bon Bovard! Plus consistant que Une leçon de flûte avant de mourir, plus charnu que Les Beaux Sentiments, Le Pays de Carole lance un cri déchirant et passionné dans les brumes du Jorat. Lécrivain lausannois se met dans la peau dun photographe soudain quitté par sa femme.
Cest son journal durant ces quelques mois que lon lit, le journal dun homme meurtri, blessé, révolté, qui transpose son amour pour Carole en des centaines de photos du «Pays de Carole», ce pays paysan en train de mourir, comme son couple, quil pensait exemplaire. Bovard a trouvé le ton, relâché et impudique, le rythme, nerveux et intériorisé, qui collent à la voix intérieure de cet homme dici et daujourdhui en rupture profonde, et qui peu à peu va renaître, avec ou sans elle. Dense, densément fort.
ISABELLE FALCONNIER, LHebdo
Histoire damour qui tourne court, Le Pays de Carole commence de façon banale, même si les rôles sont inversés. Mais très vite, il y a cette attention, cette sollicitude de Paul pour les choses et les vivants. Il y a aussi cette écriture de lurgence, ces pensées jetées sur le papier, qui vont à lessentiel comme autant dappels au secours une écriture en ellipses, écorchée, rapide, légère par opposition à la lourdeur dun pays, à sa rusticité et sa solidité. Peut-être y a-t-il un phénomène de vases communicants entre Paul et ce pays: on trouve chez lun et lautre la même opposition au changement. Il y a enfin la photo, qui finit par y prendre une part de roi. Jacques-Étienne Bovard excelle à rendre par les mots la magie du visuel, à se glisser dans la sensibilité du photographe auquel il rend en même temps sa diginité.
Le Pays de Carole confirme ce quon savait déjà de lauteur de La Griffe et des Nains de jardin. À savoir, quil écrit bien, quil est profondément attaché à son terroir et aux valeurs qui résistent à lemprise du temps et à notre envie de facilité.
DOMINIQUE HAPPICH, Le Courrier
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