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Si lattention réveille la mémoire, nen va-t-il pas de même pour tel deuil? Il y a les mots entendus, ceux prononcés, et plus encore les attitudes, les retenues, les fleurs et les cloches. Reste avec nous, en relatant le service funèbre dArmand, avoue lessentiel, balbutie ce que chacun redoute et traverse. Chessex a heureusement retenu à la suite de ce sobre récit un poème qui donne voix doutre-tombe à une femme: «Je suis morte, dit-elle. Jai le temps. Je pense à nos étés, je vous revois dans la poussière. Je retrouve les moissons, le sang et le lait, les maladies: toute la fatigue de vous aimer. Pardonnez-moi. Même au creux de cette cave profonde, je sais que je vous porterai toujours.» À lémotion de la séparation succèdent celles de lenfance, à Payerne en Romandie, que ce recueil célèbre également. Ville des souvenirs et des portraits, mais aussi ville de la mémoire lourde dun crime nazi en 1942, lequel amena aux yeux de lenfant dalors la «guerre dans Payerne». Si cette réédition de Reste avec nous sest allégée des quelques pages de poèmes qui annonçaient le Portrait des Vaudois (1969), elle sest enrichie dun texte inédit, une sorte de testament, aux accents de lEcclésiaste, intitulé Les Chaumes daoût. Un vieil homme, au soir de sa vie, relit son existence devant Dieu, tente de rassembler devant Celui qui détient le temps les fragments épars de son existence. Ainsi, remis sur le métier, Reste avec nous a gagné en unité et en pureté, comme sil ne restait que lessentiel des pages publiées il y a déjà trente ans.
SERGE MOLLA, Bulletin critique du Livre français
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