ANNE CUNEO

ZAÏDA

Fragments d’une vie
2007. 510 pages. Épuisé
ISBN 2-88241-200-3, EAN 9782882412003

Traduction allemande:
Zaïda
Zurich : Bilgerverlag, 2009
Berlin: Insel/Suhrkamp Verlag, 2014
Traduction néerlandaise:
Zaïda
Breda: Uitgeverij De Geus, 2009



Biographie

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Après Le Trajet d’une rivière, Objets de Splendeur
et Le maître de Garamond,
le nouveau grand roman d’Anne Cuneo

À ma naissance, mes quatre grand-parents étaient morts depuis pas mal de temps, et de leur génération je n’ai connu que la demi-soeur de mon grand-père, qui était de vingt ans son aînée.
Elle m’a appris à danser la valse, confié la recette (qualifiée par elle d’originale) du tirami su, du pesto et d’une ou deux autres spécialités italiennes. Elle parlait anglais parce que, m’avait expliqué un parent, sa mère était anglaise; elle était née d’un premier mariage de son père (mon arrière-grand-père). Je n’ai aucun moyen aujourd’hui de vérifier ces affirmations, mais je les ai toujours tenues pour exactes; finalement, cela n’a pas d’importance. C’est en tout cas elle qui m’a donné une image telle de l’Angleterre que mon rêve d’enfant était de m’y rendre le plus vite possible. Mon père
m’avait raconté que pendant la Première guerre mondiale elle avait travaillé dans un hôpital du front, et il avait précisé, l’admiration dans la voix, qu’elle avait soigné les blessés avec la vigueur d’une jeune femme alors qu’elle avait déjà soixante ans bien sonnés. Quelqu’un dans la famille (je ne sais plus qui) m’a aussi dit qu’elle avait perdu dans cette guerre tous ses enfants. J’ignore dans quelles circonstances. J’étais trop jeune pour qu’elle songe à me raconter sa vie… et que je songe de m’y intéresser.
Lorsqu’elle m’apprenait la valse, faisait rire les uns et frémir les autres avec des blagues osées, des chansons coquines, et des vérités qu’elle assenait sans pitié pour son interlocuteur, ma grand-tante avait donc dans les cent ans. Elle est morte alors que j’étais déjà en Suisse, et la seule chose que j’ai gardée d’elle, mis à part un souvenir lumineux, quelques recettes de cuisine et la ferme intention d’aller en Angleterre et d’apprendre l’anglais, c’est une petite bague qu’elle m’a donnée la dernière fois où nous nous sommes vues. Elle me l’a glissée dans la main, pour ainsi dire en catimini, alors que j’étais sur le point de m’en aller.
«Garde-la bien, elle te portera bonheur», avait-elle murmuré. Elle avait dû penser que nous ne nous reverrions pas. Je l’ai gardée (miraculeusement, je l’ai toujours), et cela m’a aidée à ne pas l’oublier. Cela fait longtemps que j’ai envie d’en faire un personnage de roman, de lui imaginer une vie autour des quelques faits incertains que je connais d’elle, et de ce que j’ai pu deviner ou pressentir de son caractère. Le jour où je m’y suis mise, je me suis rendu compte que l’histoire était là, prête à sortir, sans doute depuis longtemps.

ANNE CUNEO


Un extrait du roman:

Je reviens à mon premier cours de médecine.
Je ne voulais pas me faire remarquer, aussi me suis-je habillée de noir, avec juste un petit col blanc. J’ai constaté en arrivant que j’avais eu raison, les autres femmes étaient toutes vêtues comme moi.
Ma plus grande crainte, c’étaient les leçons d’anatomie, les heures de dissection. Et il s’est trouvé quelqu’un pour dire à mi-voix, mais très distinctement, en excellent français, la première fois que mes collègues femmes et moi sommes entrées dans l’amphithéâtre:
«Les corbeaux sont toujours noirs.»
Cependant, une fois que nous avons commencé à travailler, tout s’est très bien passé. J’avais eu peur de mal supporter l’exercice, mais l’intérêt pour les mécanismes du corps humain a pris le dessus.
Je m’étais procuré une trousse de dissection chez un des fournisseurs de l’hôpital, qui m’avait priée deux ou trois fois de lui envoyer mon mari: il préférait vendre les instruments directement au «Herr Doktor». Je ne sais pas s’il a fini par comprendre que le «Herr Doktor», c’était moi.
Lorsque je rentrais après des journées passées parfois tout entières à disséquer une main, ou à étudier un tibia, je racontais tout cela à Basil, qui écoutait avec passion, posait des questions.
«Grâce à tes descriptions», a-t-il dit un jour, «je vois de l’intérieur les parties du corps que je peins.»
Parfois, je disséquais les lapins et les poules que Joséphine rapportait du marché, juste avant qu’elle les passe à la casserole. Elle suivait l’opération avec attention, a fini par se risquer à manier le scalpel – à la cuisine uniquement, s’entend – et m’est devenue très utile au moment de mes révisions d’examen.

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Anne Cuneo raconte le siècle de «Zaïda
La romancière suisse traverse au grand galop cent ans d’histoire.
Attention uperproduction! Zaïda comprend plusieurs centaines de personnages. L’action se passe sur cinq générations. Elle un pied en Angleterre, un en Suisse et le troisième en Italie. On n’a pas trop de trois pieds quand il s’agit de raconter un siècle au féminin singulier. Zaïda, alias Zadie, sera en effet jeune fille du monde et médecin avant de devenir psychanalyste, puis arrière- grand-mère gâteau.

Pour son trentième livre publié depuis 1967, Anne Cuneo a mis les bouchées doubles. Elle sort un énorme roman populaire, avec plein de grands sentiments et de coïncidences incroyables. On aime, on compatit, on soigne et on meurt. Tout apparaît finalement positif, même si l’Histoire reste fatalement ce qu’elle est. Zaïda est un feuilleton hollywoodien, certes, mais sans méchants. Ou alors ils reviennent vite à la raison.

Un immense flash-back

Le livre débute aujourd’hui, avec la découverte des mémoires de cette Scarlett O’Hara en blouse blanche. Son arrière-petite- fille a évoqué la centenaire dans une feinte préface. Le flash-back peut commencer. Zadie est une rousse de dix-huit ans, vierge et de bonne extraction.
Vierge, elle ne le restera pas longtemps. A la page 33, elle a rencontré le premier homme de sa vie. L’acte est consommé dès la page 41. Quelques jours plus tard, Zadie aura épousé Basil, cadet d’une noble famille britannique, qui veut devenir dramaturge et peintre.
Il faut s’y faire. Si Anne Cuneo donnait à ses débuts dans le contemporain et le prolétaire, elle nous fait ici fréquenter le beau monde victorien. Dire qu’elle y semble à l’aise serait exagéré. La Suissesse convainc mieux à partir des pages consacrées aux émeutes sociales milanaises de 1898. Zadie est alors devenue Zaïda. Deux fois veuve, elle en arrive à son troisième mari. Un époux toujours aussi riche, mais avec la même pensée sociale. Les grandes fortunes de Zaïda servent à créer des dispensaires pour les quartiers déshérités.
Tout va très vite dans ce bouquin de 500 pages, où le lecteur glisse comme sur un toboggan. Les bambins se retrouvent quadragénaires et moustachus trois chapitres plus loin. Les situations se font et se défont. Les événements politiques, de la montée du fascisme au nazisme, défilent comme une toile peinte chez le photographe. La narratrice ne calme jamais son emballement. Zaïda a tant à raconter…
Avec ses coups de foudre et ses coups du sort, l’ouvrage peut sembler superficiel. Sans part d’ombre, ses personnages restent des marionnettes. Mais c’est ce qui fait le charme tourbillonnant d’un récit tout en temps forts. Quel public, dans le fond, n’aime pas se voir ballotté d’un bal à Vienne à une vieille maison anglaise, d’une clinique milanaise à un appartement zurichois? On ignore si c’était le but. Mais l’ouvrage, discrètement féministe, se lit bien comme un roman.
Notons qu’il s’agit là de la deux centième publication des éditions de Bernard Campiche. Un choix logique. Anne Cuneo ne constitue-t-elle pas la star de la maison d’Orbe, depuis l’énorme succès public du Maître de Garamond en 2002?

ÉTIENNE DUMONT, Tribune de Genève

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Le roman vrai d’une merveilleuse centenaire
Zaïda a existé: la romancière l’a rencontrée. Vie et batailles d’une doctoresse à l’époque où les femmes n’étudiaient pas la médecine. Anne Cuneo dépeint un siècle d’existence en 500 pages.

Il fallait bien un pavé pour dire un siècle de grands bonheurs, de malheurs extrêmes; et surtout de luttes. Zaïda conquiert sa liberté dans une société rigide; le privilège d’étudier la médecine quand les femmes sont tenues à l’écart de la Faculté; et, nouveautés inouïes, le droit de pratiquer de façon indépendante et même l’accès à la psychanalyse.
Anne Cuneo, on le sait, n’invente rien d’essentiel: dans ses romans, tout ce qui importe est authentique. «Zaïda», décédée à Zurich à 104 ans, était une psychiatre venue de l’Est, rencontrée le jour de ses 100 ans pour un reportage. Anne Cuneo, devenue son intime, avait recueilli les souvenirs de sa vie à peine croyable. Mais la fille, 81 ans, et le petit-fils, 60 ans, firent promettre le secret sur son identité.
Anne Cuneo a donc créé un personnage, né de rencontres avec «des dames et messieurs de 90 à 107 ans». La destinée de son aristocrate anglo-italienne, qui perd tragiquement ses maris peintre et médecin anglais, puis traverse le reste de son âge avec un autre médecin, vénéto-triestin celui-là, l’emmène à Milan et à Zurich, à travers les deux guerres mondiales.
Un siècle en cinq cents pages... vaste fresque! Mais aussi miniatures: l’histoire, la grande, en train de se faire, est retracée avec vivacité et couleurs au travers de la vie quotidienne de Zaïda et des siens. Rédigeant ses mémoires pour son arrière-petite-fille, elle note une abondance de traits révélateurs; cette chronique d’une tribu attachante, avec ses satellites, domestiques et compagnons de route, éclaire l’histoire des mentalités et des sensibilités politiques, en évitant l’écueil du didactisme. Les deux guerres mondiales vécues en Italie, avec des flashs sur l’Angleterre, l’émergence et le triomphe du fascisme, la Suisse pendant la guerre, avec ses certitudes, ses doutes et ses compromis, l’immigration italienne... De ce roman vrai ne s’exhale pas tout à fait le parfum magique du Trajet d’une rivière: nous sommes trop près dans le temps. Mais surprises et découvertes y abondent, l’intérêt ne se relâche pas. Et, en le refermant, on se dit que notre société est mal inspirée, qui jette des «vieux» encore jeunes et se prive de tant de sagesse et de connaissances. Des êtres comme le cinéaste portugais Manoel De Oliveira, 98 ans, ne sont pas si rares qu’on le croit...

JACQUES POGET, 24 Heures

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À travers les Mémoires de Zaïda, nous découvrons l’incroyable parcours d’une femme née à la fin des années 1850. Avec ambition et persévérance, elle obtient son diplôme de médecin (une femme médecin à l’époque, c’est impensable!) avant de se spécialiser en gynécologie et de devenir psychanalyste. Malgré la Grande Guerre, la montée du fascisme puis la Seconde Guerre mondiale qui frappent de plein fouet son entourage, elle ne cessera d’aller de l’avant. Ce petit bout de femme est un véritable hymne à la vie!

NOÉMIE ROCHAT, Payot Yverdon-les-Bains, In: «Sélection les meilleurs romans de la rentrée», L’Hebdo

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La folle saga de Zaïda
En 500 pages, Anne Cuneo nous raconte cent ans de la vie d’une femme en Angleterre, en France, en Italie, en Suisse. Et d’allier la petite histoire à la grande pour composer une fresque romanesque à souhait

Elle a du souffle, Anne Cuneo, et un talent de narratrice indéniable. Écrivain, journaliste, chroniqueuse, essayiste, l’auteure de Station Victoria, Le Trajet d’une rivière ou du Maître de Garamond témoigne d’un bel appétit pour l’écriture. Ce qui lui a valu nombre de prix. Depuis la fin des années 1960, la jeune septuagénaire au visage mangé par d’énormes lunettes, alterne récits de vie, romans, polars, portraits, sans oublier le théâtre, la mise en scène et le journalisme au TJ.
Ces jours, elle nous donne à dévorer son trentième livre, Zaïda. Un sacré morceau d’histoire que ces «Mémoires de Zadie de Vico Tatley Barber Giocondo» dont la vie, dit-elle, commence par un jour de fin avril, l’année de ses 18 ans, en 1877, pour se terminer à... 100 ans et des poussières. De l’ère victorienne à nos jours, la jeune Anglaise de bonne famille - un papa nobliau italien devenu lord et une maman lady - va traverser le temps comme une vraie héroïne de roman-feuilleton. Une héroïne belle et fière, tendre et généreuse, passionnée et décidée. Elle est destinée à un mari titré et fortuné, mais les voies du destin amoureux étant impénétrables, Zadie, alias Zaïda (la chanceuse ou la bien-aimée), a le coup de foudre pour le jeune Basil et l’épouse en deux temps trois mouvements. Au grand dam de sa mère figée dans ses préjugés, avec l’assentiment attendri d’un père dont elle sera toujours proche. Et qui l’aidera, comme Basil d’ailleurs, à réaliser son rêve: devenir médecin. Rarissime à l’époque.

Un roman à la vitesse grand V

Mariages, veuvages, naissances, heurs, malheurs entre Paris, Zurich, Milan, la Cornouaille... La saga de la tribu de Zaïda caracole à la vitesse grand V sur fond de guerres et de paix, de montée du fascisme, de bouleversement sociaux. On ne s’ennuie pas une minute en compagnie des personnages d’Anne Cuneo, même si certains manquent un peu de consistance. Reste Zaïda, bien sûr, qui habite les pages du roman avec grâce et élégance. Une aristocrate responsable, une héroïne idéale, faisant de ses domestiques des amis, ouvrant des dispensaires pour les plus démunis. «En fait, dit-elle, je n’ai été qu’une bourgeoise qui a vécu une vie de bourgeoise et qui, en dépit des chagrins et des pertes, n’a jamais manqué de rien. J’ai essayé de partager ce que mes privilèges ont mis à ma disposition: argent et connaissance.»

Zaïda a bel et bien existé. Et plutôt deux fois qu’une

Née à Paris en 1936, Anne Cuneo passe une partie de son enfance en Italie, puis, à la mort de son père en 1945, dans des internats religieux dans la Péninsule et à Lausanne. Plus tard, elle découvre l’Angleterre et la culture anglo-saxonne. De retour dans la capitale vaudoise, elle étudie les lettres, enseigne la littérature, devient journaliste et auteure à succès. Sa vie a été source d’inspiration pour plusieurs de ses livres. Zaïda n’y échappe pas. Anne Cuneo a emprunté ce prénom à sa grand-tante, disparue centenaire lorsqu’elle était adolescente. Elle a aussi trouvé matière à narration grâce au parcours de vie du Dr Marguerite S. Une psychiatre de Zurich, «rencontrée le jour de son centième anniversaire. Elle a été pour moi une amie chaleureuse aux récits passionnants jusqu’à sa mort, à l’âge de cent neuf ans.»

PATRICIA GNASSO, Le Matin

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Zaïda, la sœur du grand-père de l’auteure est une femme exceptionnelle. Par sa longévité d’abord, puisque née dans la deuxième moitié du XIXe, elle va traverser le XXe dans sa quasi totalité. Par son caractère bien trempé ensuite puisqu’elle sera l’une des premières femmes médecins dans un milieu où seuls les hommes étaient admis. Ce roman, écrit avec beaucoup d’intensité et d’émotions nous entraîne sur ses pas à travers ce siècle tumultueux. Un très bon moment de lecture…

FRÉDÉRIC PÉRON, Fnac Suisse, In: «Sélection Fnac Livre: rentrée littéraire»

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Anne Cuneo Le grand roman

Le livre qui cartonne et dont on s’arrache l’aventure, c’est Zaïda. Où la romancière Anne Cuneo fait revivre le siècle de la destinée d’une femme, Zadie, Zaïda (la chanceuse, la bien-aimée), née au mitan du XIXe siècle et qui fut médecin, gynécologue, psychanalyste… Une sacrée saga.

JEAN-DOMINIQUE HUMBERT, Coopération

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La folle cavalcade de Zaïda

Déjà en tête des ventes, le dernier roman d’Anne Cuneo invite à suivre la vie passionnée de son héroïne, grand médecin et grande amoureuse.

Zaïda. L’héroïne qui donne son titre au dernier roman d’Anne Cuneo - déjà en tête des ventes en Suisse romande - porte un nom d’opéra. C’est aussi, nous dit la postface intitulée «Reconnaissances», le prénom d’une grand-tante de l’auteur qui, tout comme le personnage principal, mourut centenaire. Tout un programme donc dans ce prénom romantique, car cette nouvelle saga aux teintes historiques est placée sous le double signe de la famille - de la tribu même! - et du mélo.
Duos amoureux, fuite à travers la campagne, rébellion féminine, accouchements difficiles, amitiés et héroïsme sur fond de mouvements de foule, batailles, épidémies et deuils dévastateurs, tous les ingrédients d’une grande fresque mélodramatique sont là. Anne Cuneo reste fidèle à ses lieux d’élection, les scènes se passent en Angleterre, en France, en Italie, en Suisse, sans oublier une petite échappée romantique vers Vienne.
Zaïda est une jeune demoiselle de la noblesse britannique, mais dotée d’un père italien qui lui transmet, comme il se doit, un tempérament de feu. La jeune femme n’est par conséquent guère disposée à se laisser dicter sa vie par sa mère - une lady désespérante de correction - et, suivant son penchant pour l’amour, s’évade illico de son monde guindé et anglo-saxon.
Après un petit intermède un peu bohème, la jeune femme va très rapidement se montrer entreprenante et pionnière. A une époque où c’est l’exception pour les femmes, elle fait des études de médecine à Zurich bravant la réprobation de ses contemporains avec le soutien affectueux - et financier - de sa tribu. Non contente d’exercer ensuite son art avec un courage et un dévouement jamais pris en défaut, Zaïda connaît une vie personnelle palpitante, enchaînant les grands amours, les deuils terribles et les mariages heureux. Bref, elle vit passionnément - malgré les bouleversements historiques - et fait beaucoup d’enfants. «Nous n’étions plus simplement heureux, dit-elle de son premier mariage, nous délirions de bonheur, tous les deux.»
On le voit Zaïda, est cette personne formidable que tout lecteur rêverait d’avoir lui aussi pour ancêtre: applaudie par ses patients, admirée et aimée par ses hommes, intelligemment engagée, apprenant à conduire dès l’apparition de l’automobile et portant avec grâce - même dans son grand âge - tailleurs Chanel et talons hauts. Il a fallu du souffle à Anne Cuneo pour narrer la vie de cette Zaïda lancée dans une course endiablée sur près de 500 pages. La distance à tenir - pas toujours évident! -, l’écriture efficace et les épisodes qui s’enchaînent avec méthode donnent au livre un ton de roman-feuilleton façon XIXe. Anne Cuneo se fait plaisir et partage avec des lecteurs décidés eux aussi à se faire plaisir.

ÉLÉONORE SULZER, Le Temps

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La leçon d’Anne Cuneo

«Mon arrière-grand-mère s’appelait Zaïda.» Un prénom qui évoque un opéra de Rossini, la chance et une parenté qui dit la traversée d’un siècle, le XXe, tout un monde. C’est «une image lumineuse de bonne fée», une exploration de la potentielle puissance des femmes. Le savoir, le voyage, la compréhension de son inspirante aïeule: sur ce canevas, Anne Cuneo livre sa nouvelle saga, Zaïda. Après Le Trajet d’une rivière ou Le maître de Garamond, elle aborde cette fois le siècle précédent avec la même volonté de raconter le flux d’un destin, les innombrables croisements et circonstances qui précèdent plus ou moins l’existence d’un individu. Donc, métaphoriquement, l’étonnant cours du monde.
Livre ouvertement féministe dans sa défense de l’égalité de l’intelligence, ce roman a pour lui une langue nette et claire. Pour évoquer l’histoire de l’Europe, le «je» de la narration s’avère justifié. Sans cesse, le récit oscille entre le politique et l’intime sans en trancher la suprématie. L’amour durant le fascisme? Les aléas collectifs gouvernent le destin individuel, mais l’individu peut parfois sublimer le diktat collectif. Une leçon de vie, façon Anne Cuneo.

JACQUES STERCHI, La Liberté

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Le livre du jour: Zaïda

Depuis ma tendre enfance, je reçois au moins un livre à Noël, et j’adore ça!
Cette année, ce fut un gros pavé de 500 pages, Zaïda, Anne Cuneo, roman, chez Bernard Campiche Editeur. Avec un livre, on voyage, et celui-ci nous emmène en Angleterre, Suisse, Italie, Zurich, Milan. Le fil rouge est l’histoire de Zaïda, femme médecin qui fut une des premières à exercer ce métier jusque là masculin. On la suit à travers ses drames personnels et ceux de son époque: les deux guerres mondiales, les épidémies, la grippe espagnole qui fit tant de ravages, les destructions, les déportations, les victimes du syndrome post-traumatique, qui ne portait pas encore ce nom en ces temps-là mais qui était une réalité pour ceux qui échappaient à la mort mais qui ne revenaient pas indemne.
Anne Cuneo dit avoir écrit un roman, pas une biographie, ni même une “romance” comme elle l’explique aujourd’hui dans un article sur cuk.ch:
«J’ai bien commencé de manière classique: le coup de foudre entre les deux protagonistes. […] Et soudain mon héroïne, Zaïda, a pris le pouvoir. C’est la chance la plus fantastique, pour un auteur, de se retrouver dans la position de devoir écrire ce que le héros lui dicte. Comme c’est un processus difficile sinon impossible à expliquer, je ne tenterai même pas d’aller au-delà de la constatation.
Je me suis dit que Zaïda pourrait étudier la médecine, et j’étais presque sûre que pour faire cela, il faudrait que je la fasse aller à Paris ou à Vienne. Et puis j’ai découvert qu’en 1880, la seule université au monde où les femmes fussent admises de plein droit était celle de Zurich – une ville que je connais bien, dont au fil de dizaines de reportages j’ai étudié le passé. Et dès que je me suis mise à chercher du côté du quotidien des étudiantes en médecine, je suis tombée sur la biographie de la première femme médecin suisse, le Dr Maria Heim-Vögtlin, qui décrit ce temps-là.»
Ce livre, je l’ai lu d’une traite, un week-end maussade. Je vous en conseille la lecture, si comme moi vous aimez les voyages et les histoires “vraies” même celles qui sont inventées.

www.cmic.ch

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Un roman – une trajectoire, une vie: Zaïda


Depuis que Zaïda, mon dernier roman, a paru, des dizaines de personnes m’ont félicité d’avoir traité tel ou tel aspect des choses. Or, la plupart du temps, je n’avais pas eu les intentions que l’on me prête.

Lorsque cela m’est arrivé un certain nombre de fois, j’ai exprimé ma perplexité devant François. Qui a fini par me dire que si mes raisons n’étaient pas celles qu’on me supposait, je n’avais qu’à expliquer le pourquoi et le comment. Sur Cuk de préférence. J’ai fini par me laisser convaincre.
[NDLR: ah ben tout de même… On a fini par y arriver. Qui peut mieux que toi parler de ce livre que je me réjouis de lire, premier qu’il est sur ma liste d’attente (sans jeu de mot, comprenne qui peut)? Personne. Merci donc de ce qui suit, ce d’autant plus que ça me donne encore plus envie de le lire]
C’est simple. J’avais voulu voir si j’étais capable d’écrire ce qu’on appelle en anglais une “romance”, terme qu’on pourrait traduire (mal), par roman rose, bien que “roman rose” ne corresponde pas vraiment à “romance”.
Un de mes amis, un éditeur anglais, m’avait confié la tâche de faire une analyse de la “romance” en général, qui est un mélange entre le roman d’amour et le roman d’aventures. Ce genre est mal connu en français parce que les traductions qui sont faites de certains titres sont généralement tronquées, mal (et vite) faites, et concentrées sur ce qui n’est, dans l’original anglais, qu’un des éléments de l’histoire: la sexualité explicite des héros.
C’est d’ailleurs la raison qui avait donné l’idée à mon éditeur anglais de me demander d’analyser le genre: il voulait un œil extérieur.
Je n’avais jamais lu de “romance”. J’ai découvert un genre, avec ses hauts et ses bas. Il y a des auteurs véritablement talentueux, et il y a beaucoup d’écrivaillons. Pour la plupart, ces auteurs sont des femmes, en tout cas la signature est toujours féminine, même si, une fois qu’on s’est familiarisé avec le genre, on commence à se demander si telle ou telle plume qui ne correspond jamais à aucune photo n’est pas masculine: certains éléments du style et du récit le donnent à penser.
J’ai fini par comprendre que ces écrivains recevaient sans doute un cahier des charges, et même des listes de mots à utiliser dans certaines descriptions. La plupart d’entre elles/eux produisent par ailleurs deux livres par année. Résultat: si le talent n’est pas au rendez-vous, et s’il n’arrive pas à transcender le cahier des charges, on lit des romans qui se ressemblent d’un auteur à l’autre. Même chez l’auteur que je considère le plus talentueux de ceux que j’ai lus, Amanda Quick; à force de romans écrits à la chaîne, se passant dans la même période historique, dans le même milieu londonien, les personnages, qui sont mieux décrits que par d’autres, et les aventures, qui sont plus intéressantes que celles de la plupart des autres, n’en sont pas moins vite interchangeables.
Comme je n’avais jamais lu de roman de cette nature jusque-là, pour faire une analyse littéraire digne de ce nom, j’en ai lu beaucoup (une cinquantaine) – et je dois avouer que même lorsque je voyais poindre la recette appliquée avec zèle, et que je voyais venir la suite de l’histoire à cent pas, je ne me suis jamais ennuyée. Ces romancières et ces quelques romanciers sont tous des pros, qui ont appris à écrire une histoire (aux États-Unis, cela est même enseigné dans les Universités), et qui savent, de rebondissement en rebondissement, retenir l’attention (même si le lecteur parcourt le livre, comme moi, d’un œil sceptique, crayon en main).
Bien entendu, le moment est venu où je me suis demandé: et moi? Saurais-je écrire une “romance”?
J’ai fait une liste des règles les plus évidentes que j’avais repérées, celles qui créent le genre: cela se passe souvent au XIXe siècle, entre gens de petite noblesse (nous sommes en Angleterre, généralement) ou parfois entre bourgeois riches – en tout cas entre gens de bonne famille. Il y a des pauvres, mais ils sont le plus souvent marginaux. Quelle que soit la superficialité du récit, la recherche historique est rigoureuse, et précise jusque dans les détails: les livres lus, les références, l’habillement, les us et coutumes, tout cela est parfaitement exact – les romans sont généralement datés au mois près.

Je me suis lancée.

Je réponds tout de go à la question que je m’étais posée: non, je ne suis pas capable d’écrire une “romance”. J’ai pourtant essayé. Mais le cadre du genre est étriqué, je n’ai pas réussi à m’y contraindre.
J’ai bien commencé de manière classique: le coup de foudre entre les deux protagonistes. Mais dans une “romance”, toutes sortes de difficultés interviennent ensuite – parfois les amoureux n’arrivent pas à se marier, parfois on les marie de force avant qu’ils ne soient sûrs de s’aimer, mais en tout cas ça ne se passe pas “bien” tout de suite. Ça finit bien, ça oui. Que cela soit parce qu’ils se marient, sont heureux et ont beaucoup d’enfants ou parce que, s’étant mariés à la va-vite en cours de route, ils finissent par réaliser que oui, ils s’aiment. Mais quoi qu’il en soit, cela se termine à la naissance du premier enfant, une naissance qui est rarement difficile – et jamais fatale. On parle certes de femmes et de bébés morts à la naissance (comme c’est situé au XIXe siècle, cela est plus fréquent qu’aujourd’hui), mais cela s’est toujours passé en dehors du roman.
Personnellement, au bout de vingt pages, j’avais déjà quitté le cahier des charges: j’avais simplement décidé que pour une fois la première naissance se passerait mal, et que mon roman se terminerait plutôt à la naissance du deuxième bébé.
Au départ, cela semblait un changement infime. Mais cela a fait dérailler le projet. Et soudain mon héroïne, Zaïda, a pris le pouvoir. C’est la chance la plus fantastique, pour un auteur, de se retrouver dans la position de devoir écrire ce que le héros lui dicte. Comme c’est un processus difficile sinon impossible à expliquer, je ne tenterai même pas d’aller au-delà de la constatation.
Une de mes grand-tantes, sœur aînée de mon grand-père Cuneo, se nommait Zaïda. Elle était née d’un premier mariage de mon arrière-grand-père et sa mère était anglaise. Lorsque je l’ai connue, elle avait autour des cent ans. Elle était fragile, certes, mais vive d’esprit: elle m’a appris à danser la valse, m’a confié la recette du tiramisu authentique d’avant la mode culinaire de ce dessert, m’a donné le goût de l’Angleterre, où elle avait dû vivre pendant des années. Je me souviens qu’elle faisait rire mon père, qui l’aimait beaucoup. Comme dans la famille personne ne s’intéressait particulièrement à elle sauf mon père – qui est mort avant elle – et moi, personne ne sait plus rien d’elle aujourd’hui. En plus de mes souvenirs, il ne me reste que quelques bribes, glanées ici ou là: elle était veuve, elle avait soigné les blessés de la guerre 1914-18 pendant laquelle tous ses enfants étaient morts. À partir de ces quelques minuscules fragments, je lui ai inventé une vie.
Les choix que j’ai faits se sont imposés à moi, je n’ai jamais vraiment réfléchi: cela collait, tout simplement. Je ne prends qu’un exemple. Je me suis dit que Zaïda pourrait étudier la médecine, et j’étais presque sûre que pour faire cela, il faudrait que je la fasse aller à Paris ou à Vienne. Et puis j’ai découvert qu’en 1880, la seule université au monde où les femmes fussent admises de plein droit était celle de Zurich – une ville que je connais bien, dont au fil de dizaines de reportages j’ai étudié le passé. Et dès que je me suis mise à chercher du côté du quotidien des étudiantes en médecine, je suis tombée sur la biographie de la première femme médecin suisse, le Dr Maria Heim-Vögtlin, qui décrit ce temps-là. Tout collait, il a suffi de travailler.

La photo de couverture représente Milan en 1906; c’est une rue toute proche de celle où vit Zaïda. Lorsque je l’ai vue, j’ai tout de suite su qu’elle symboliserait parfaitement mon personnage. Elle est l’œuvre de Giuseppe Pessina, photographe célèbre. Lorsqu’il l’a prise, il avait 13 ans.

Je n’avais presque aucune des intentions que les lecteurs ont prêtées au texte par la suite. Ma seule intention avouée est venue en cours de route. À un moment donné, il a fallu décider: Zaïda serait-elle pauvre ou ne manquerait-elle de rien? J’ai fini par décider qu’elle serait à son aise, et même riche, mais qu’elle mettrait en œuvre un principe qui a été celui d’un certain nombre de gens riches par le passé: l’argent et les avantages dont elle disposait créaient des devoirs. Et puisqu’elle était riche, qu’elle avait acquis des connaissances, Zaïda avait le devoir de se mettre au service de l’humanité, y compris la moins privilégiée.
Je suis horrifiée de voir que dans le capitalisme sauvage les gens accumulent pour accumuler, et que pour ce faire, ils en oublient la planète, les gens, ils produisent des millions de chômeurs d’un clic de souris, ils ne s’occupent que de pouvoir et de fric au nom d’un “progrès” qui a bon dos. Je voulais créer un personnage qui ferait ce qu’ont fait des Friedrich Engels (riche industriel, qui dépensait sans compter pour aider Karl Marx, dont il pensait qu’il pourrait aider à améliorer la condition ouvrière, en commençant par ses ouvriers à lui), ou des Eugène Meyer (financier américain qui s’est retrouvé multimillionnaire à quarante ans a décrété qu’il avait dorénavant le devoir d’être utile à ses concitoyens: il a mis fin à son travail en bourse, a racheté le Washington Post, quotidien qui a paru à perte pendant des décennies, mais qu’Eugene Meyer a continué à soutenir, persuadé qu’il était que la capitale américaine avait besoin d’un journal d’opposition indépendant). Et caetera. Il y a eu de capitalistes comme eux, sans doute en minorité, mais sur le plan symbolique, je les trouve intéressants.
Curieusement, rares sont ceux qui ont déchiffré ce qui était ma seule intention consciente en écrivant ce roman. Certains lecteurs (lectrices) y voient un brûlot féministe, d’autres soulignent l’internationalisme de l’héroïne, d’autres y voient une contribution à l’histoire de l’éducation médicale, d’autres encore sont sensibles aux faits historiques souvent inconnus (fidèle à la règle de fer des “romances”, je me suis documentée à fond), tels les “Cinq journées à l’envers” de Milan en 1897, ou la vie des émigrés antifascistes en Suisse pendant la 2e guerre mondiale.
J’ai fait pas mal de découvertes en cours de route: l’écrivain italien Paolo Valera, par exemple (pas traduit, je regrette, et difficile à trouver dans les librairies et les bibliothèques italiennes, mais dont beaucoup d’œuvres sont en ligne), ou le photographe Giuseppe Pessina, dont les photos m’ont donné une bonne idée de la Milan 1900. Il a promené son appareil de photos tant dans les beaux quartiers que dans les ghettos périphériques.
Pour conclure, je dirai qu’en fait, j’ai laissé Zaïda me conduire là où elle voulait aller; je me suis contentée de la suivre tout au long d’une vie intéressante, mais difficile, traversée par deux guerres mondiales, des épidémies, la perte d’êtres chers, des malheurs et des bonheurs personnels. Et, contrairement aux “romances”, une fois que Zaïda a été mariée et qu’elle a eu des enfants, mon roman ne s’est pas arrêté. En fait, il est écrit sous la forme d’une autobiographie rédigée par Zaïda pendant l’été de ses cent ans. Il faut croire que les lecteurs ont trouvé l’itinéraire à leur goût: plusieurs milliers d’entre eux l’ont lu et continuent à le lire.
Quant à vous, amis de Cuk, vous avez eu les motivations sans le livre. L’idée d’expliquer ici mes raisons est de François, je me suis donc exécutée. Vous pouvez jeter un coup d’œil au début du texte à www.campiche.ch.

ANNE CUNEO, cuk.ch

P.-S. Je parle plus haut de Amanda Quick, que je trouvais être la meilleure dans le genre “romance”. Tout à fait par hasard, j’ai lu dimanche un roman social que j’ai beaucoup aimé (All Night Long) écrit par un écrivain américain inconnu de moi: Jayne Ann Krentz. Et je découvre après avoir fini ce livre haletant que Amanda Quick et Jayne Ann Krentz sont en fait la même personne: j’avais raison de penser qu’elle avait un talent fou, qui transpire même dans le corset de la “romance”. Ayant fait cette découverte avant que l’humeur ne soit en ligne, j’ai pensé que je vous la devais.


Anne Cuneo est incontestablement une merveilleuse conteuse et, une fois de plus, je me suis laissé fasciner par le destin des personnages de ce roman historique bien documenté. Ce récit touchant, plein d’émotions fortes, se déroule sur une centaine d’années en Angleterre, France, Suisse et Italie.
Le roman commence par la découverte, par son arrière-petite-fille, de mémoires rédigées par cette aïeule, Zaïda, à son intention. Pour ce portrait de femme, Anne Cuneo s’est inspirée de la vie de deux femmes qui l’ont marquée, son arrière-grand-tante et une psychiatre russe. Elle crée un personnage à la vie mouvementée, truffée de joies mais aussi de grands drames sur fond de fin de XIXe siècle, de Première Guerre mondiale, de montée du fascisme et du national-socialisme, et de Deuxième Guerre mondiale.
Zaïda est une jeune fille issue de la noblesse italo-anglaise, née en 1859 et élevée par une mère froide et rigide dans la plus pure tradition britannique. Mais elle suit instinctivement une autre voie que celle tracée par sa mère. Toute jeune, elle tombe amoureuse d’un cadet de famille, artiste peintre, qu’elle épouse au grand dam de sa mère qui rompra définitivement avec elle. Elle part avec son mari en France, rêve de devenir médecin, ce qui à cette époque est à peine possible pour une femme. Une seule université lui ouvre la porte de sa faculté: celle de Zurich. Le jeune couple part pour cette ville où Zaïda pourra entreprendre ses études, les achever et devenir médecin.
Elle vivra plus de cent ans, aura trois maris, trois fils, sera féministe avant l’âge, aura vécu l’émigration obligatoire mais reconnaîtra à plusieurs reprises être une grande privilégiée de la vie puisque, d’une part, elle a joui d’une excellente santé lui permettant de travailler jusqu’à 95 ans et que, d’autre part, elle a été à l’abri de vrais soucis matériels toute sa vie, grâce à la richesse de ses parents.
Un roman-fleuve qui vous emporte, facile à lire, une excellente lecture de vacances.

FRANÇOISE SUMMERMATTER WUNN , À tire d’elles

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Zaïda l’affranchie


Évitant les nombreux pièges parsemant le parcours d’une femme née à la fin du XIXe siècle, Zaïda traverse les égarements de son époque en cueillant au passage les perles que l’Europe a su produire dans la tourmente. Aïeule imaginaire et réelle d’Anne Cuneo, Zaïda est une affranchie. Ses désirs puissants, son envie d’apprendre, d’aimer, d’aider et de comprendre lui servent de sauf-conduit dans une Europe empêtrée de convenances, éclatée en conflits sanguinaires et endoctrinée dans d’obscures idéologies. Femme et médecin, elle fait figure d’électron libre. Entre Pontoise, Zurich, Milan et l’Angleterre, elle vit ses amours, soigne, protège, noue des liens, s’initie à la psychanalyse et s’enivre de culture. Malgré les deuils innombrables qui la touchent, elle poursuit jusqu’au bout de sa très longue vie l’élan qui préfigure cette Europe à construire, terre d’ouverture, de culture et d’idées en mouvement. Un beau roman qui se perd parfois dans les méandres des très nombreux destins décrits.

FABIENNE PROBST , La Vie protestante



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