La semaine prochaine, peut-être

Auteur
Genre
Roman
Année de parution
2001
ISBN
Nb. de pages
240

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Revue de presse
2

La figure tragique de José Fontana (1840-1876), ce Tessinois fondateur du mouvement ouvrier portugais, ne pouvait qu’attirer son compatriote qui a reconstitué avec empathie la courte vie du révolutionnaire.
José Fontana est mort à Lisbonne en 1876. Il s’est suicidé pour mettre fin aux souffrances de la tuberculose. Il était né trente-six ans plus tôt au fond d’une vallée tessinoise. Durant sa courte vie, il a été apprenti horloger au Locle, il a passé par Paris et Londres avant de se fixer à Lisbonne où il est devenu libraire. La Livraria Bertrand, fondée en 1727, qui existe toujours, était, au XIXe siècle, un lieu de débat intellectuel. Le romancier libre-penseur Eça de Queiroz, le poète Antero de Quental la fréquentaient, Fontana est devenu leur ami. Il s’est engagé dans la lutte sociale.
Paul Lafargue, le gendre de Marx, toujours en fuite, s’est arrêté à Lisbonne le temps de persuader «le Suisse» et ses amis de l’urgence de rejoindre l’Internationale. Fontana était doué de charisme et d’éloquence, il savait convaincre les ouvriers. Il a fondé la Fraternidade operaria. Avec Antero de Quental, «saint Antero», il a organisé des grèves qui ont porté leurs fruits. Des lettres à Engels, à Marx témoignent de sa foi dans le mouvement socialiste. Mais la Révolution n’était pas pour «la semaine prochaine»: la maladie qui avait déjà emporté sa mère et sa sœur n’a pas laissé de répit à José Fontana. Figure fondatrice du mouvement social au Portugal, il a aujourd’hui sa place à Lisbonne.
Cette destinée tragique ne pouvait que passionner Alberto Nessi. Dans ses récits et sa poésie, il s’est toujours placé «du côté des irréguliers», qu’il parle des cigarières de Chiasso, des contrebandiers, des émigrants tessinois qui ont dû quitter la misère. Ici, il a choisi de faire parler le révolutionnaire à la première personne, dans un Journal, puis à travers le délire de la fin. Par moments, Fontana s’adresse directement au «Poète» pour lui reprocher gentiment de s’enfermer dans les livres et d’oublier que l’indignation devant l’injustice est toujours de mise au XXIe siècle.
Les parents de José Fontana se sont connus à Lisbonne. Il était négociant en livres, elle appar­tenait à la famille des libraires Bertrand, d’origine française. Le couple est rentré au Tessin, dans la rude vallée du père. Alberto Nessi décrit des conditions de vie empreintes de religiosité superstitieuse, marquées par les cli­vages sociaux et la précarité. ­Elles doivent lui rappeler celles de son enfance, un siècle plus tard, dans les années 1940.
A la mort du père, la mère part avec ses deux enfants pour le Jura où elle a de la famille. Le jeune Giuseppe/Joseph (qui ne deviendra José qu’au Portugal) apprend à fabriquer des montres «pour donner l’heure exacte aux classes laborieuses». Il rencontre le peintre Cherubino Patà, un Tessinois lui aussi, ami de Courbet. A la mort de sa mère et de sa sœur, le garçon part à l’aventure, à 17 ans, en quête de «Tresinvaglia», comme on disait dans sa allée pour l’eldorado, une Transylvanie irréelle.
C’est à Lisbonne qu’il se politise vraiment, lit Marx et Prou­dhon, ou les articles du militant communard Benoît Malon, ­réfugié à Neuchâtel. Il prend ­conscience de l’exploitation des ouvriers, du travail des enfants, de l’arrogance de la noblesse et des patrons. Mais le Suisse est un pacifiste: «La révo­lution ne doit pas être un mouvement violent et désordonné. Parce que seule la paix donne vie aux choses qui durent», confie-t-il à des «missionnaires» espagnols en fuite et à Antero de Quental lors d’une réunion secrète sur le Tage. Une vision que les inter­nationalistes, chassés de partout, trouvent naïve. Par ailleurs, Paul Lafargue le met en garde contre les excès de l’anarchiste Bakounine qui prêche la révolte aux ouvriers de la Fédération ­ju­ras­sienne. Fontana se radicalise: «Tant qu’il n’y aura pas d’égalité économique, l’égalité politique est un mensonge», ­répète-t-il aux ouvriers. Cette vie ardente, vite consumée, Alberto Nessi la ressuscite avec empathie et lyrisme.

La figure tragique de José Fontana (1840-1876), ce Tessinois fondateur du mouvement ouvrier portugais, ne pouvait qu’attirer son compatriote qui a reconstitué avec empathie la courte vie du révolutionnaire.
José Fontana est mort à Lisbonne en 1876. Il s’est suicidé pour mettre fin aux souffrances de la tuberculose. Il était né trente-six ans plus tôt au fond d’une vallée tessinoise. Durant sa courte vie, il a été apprenti horloger au Locle, il a passé par Paris et Londres avant de se fixer à Lisbonne où il est devenu libraire. La Livraria Bertrand, fondée en 1727, qui existe toujours, était, au XIXe siècle, un lieu de débat intellectuel. Le romancier libre-penseur Eça de Queiroz, le poète Antero de Quental la fréquentaient, Fontana est devenu leur ami. Il s’est engagé dans la lutte sociale.
Paul Lafargue, le gendre de Marx, toujours en fuite, s’est arrêté à Lisbonne le temps de persuader «le Suisse» et ses amis de l’urgence de rejoindre l’Internationale. Fontana était doué de charisme et d’éloquence, il savait convaincre les ouvriers. Il a fondé la Fraternidade operaria. Avec Antero de Quental, «saint Antero», il a organisé des grèves qui ont porté leurs fruits. Des lettres à Engels, à Marx témoignent de sa foi dans le mouvement socialiste. Mais la Révolution n’était pas pour «la semaine prochaine»: la maladie qui avait déjà emporté sa mère et sa sœur n’a pas laissé de répit à José Fontana. Figure fondatrice du mouvement social au Portugal, il a aujourd’hui sa place à Lisbonne.
Cette destinée tragique ne pouvait que passionner Alberto Nessi. Dans ses récits et sa poésie, il s’est toujours placé «du côté des irréguliers», qu’il parle des cigarières de Chiasso, des contrebandiers, des émigrants tessinois qui ont dû quitter la misère. Ici, il a choisi de faire parler le révolutionnaire à la première personne, dans un Journal, puis à travers le délire de la fin. Par moments, Fontana s’adresse directement au «Poète» pour lui reprocher gentiment de s’enfermer dans les livres et d’oublier que l’indignation devant l’injustice est toujours de mise au XXIe siècle.
Les parents de José Fontana se sont connus à Lisbonne. Il était négociant en livres, elle appar­tenait à la famille des libraires Bertrand, d’origine française. Le couple est rentré au Tessin, dans la rude vallée du père. Alberto Nessi décrit des conditions de vie empreintes de religiosité superstitieuse, marquées par les cli­vages sociaux et la précarité. ­Elles doivent lui rappeler celles de son enfance, un siècle plus tard, dans les années 1940.
A la mort du père, la mère part avec ses deux enfants pour le Jura où elle a de la famille. Le jeune Giuseppe/Joseph (qui ne deviendra José qu’au Portugal) apprend à fabriquer des montres «pour donner l’heure exacte aux classes laborieuses». Il rencontre le peintre Cherubino Patà, un Tessinois lui aussi, ami de Courbet. A la mort de sa mère et de sa sœur, le garçon part à l’aventure, à 17 ans, en quête de «Tresinvaglia», comme on disait dans sa allée pour l’eldorado, une Transylvanie irréelle.
C’est à Lisbonne qu’il se politise vraiment, lit Marx et Prou­dhon, ou les articles du militant communard Benoît Malon, ­réfugié à Neuchâtel. Il prend ­conscience de l’exploitation des ouvriers, du travail des enfants, de l’arrogance de la noblesse et des patrons. Mais le Suisse est un pacifiste: «La révo­lution ne doit pas être un mouvement violent et désordonné. Parce que seule la paix donne vie aux choses qui durent», confie-t-il à des «missionnaires» espagnols en fuite et à Antero de Quental lors d’une réunion secrète sur le Tage. Une vision que les inter­nationalistes, chassés de partout, trouvent naïve. Par ailleurs, Paul Lafargue le met en garde contre les excès de l’anarchiste Bakounine qui prêche la révolte aux ouvriers de la Fédération ­ju­ras­sienne. Fontana se radicalise: «Tant qu’il n’y aura pas d’égalité économique, l’égalité politique est un mensonge», ­répète-t-il aux ouvriers. Cette vie ardente, vite consumée, Alberto Nessi la ressuscite avec empathie et lyrisme.

Isabelle Rüf
Le Temps

Rêves et actions d’un internationaliste suisse
Alberto Nessi nous amène dans l’univers du révolutionnaire José Fontana.
Roman tessinois et jurassien, suisse et portugais, internationaliste et prolétaire. Récit de vie et de lutte. Histoire et mémoire d’une personne mais aussi de l’humanité tout entière. Combat courageux contre la maladie et soif de changer le monde. Questions sur notre existence éphémère et sur la place inconsistante de Dieu. Danse de noms et de lieux connus (Marx, Engels, Lafargue, Bakounine, Garibaldi, Lisbonne, Le Locle, les vallées tessinoises…) avec comme décor, à la fois proche et lointain, celui de la Commune parisienne. Toutes ces dimensions, et bien d’autres, se trouvent dans ce beau petit livre que nous offre le poète et écrivain Alberto Nessi.
Homme engagé, sensible aux questions sociales, l’auteur tessinois met en scène la vie, courte et pleine, du révolutionnaire de la Première Internationale, José (Giuseppe) Fontana. Enfance enracinée dans la pauvreté et les superstitions, quand la lutte pour la survie et les créatures imaginaires cohabitent et se combattent. Adolescence et apprentissage d’horloger dans les montagnes neuchâteloises, quand on prend conscience des inégalités sociales et de l’exploitation, quand la maladie et la mort rôdent, quand les sentiments amoureux éclosent. Vie d’adulte, de libraire et de militant, dans une Lisbonne des prolétaires solidaires et des intellectuels engagés jusqu’à ce que la maladie fatale emporte notre héros.
L’heure de la révolution
Alberto Nessi, via Fontana, attaque les grands débats du XIX e , d’une actualité toujours brûlante: les difficultés matérielles et immatérielles des travailleurs les empêchant de s’émanciper, les formes que doivent prendre les luttes des dominés, le type d’organisation politique efficace et humaine qu’il serait nécessaire de forger afin de changer le monde, la société que l’on projette pour l’avenir… Nessi accuse le capitalisme, «ce poison qui tue les hommes» et ses serviteurs dont le «Dieu est le capital». Il propose aussi des pistes: chercher «la vérité dans les choses interdites», faire en sorte que tous les hommes soient autant égaux qu’illustres, fabriquer une montre à La Chaux-de-Fonds «pour donner l’heure exacte aux classes laborieuses». L’heure de la révolution? Peut-être pour la semaine prochaine. Une révolution qui ne doit pas être violente, tout en visant la transformation sociale complète: «Tant qu’il n’y aura pas d’égalité économique, l’égalité politique sera un mensonge.»

Rêves et actions d’un internationaliste suisse
Alberto Nessi nous amène dans l’univers du révolutionnaire José Fontana.
Roman tessinois et jurassien, suisse et portugais, internationaliste et prolétaire. Récit de vie et de lutte. Histoire et mémoire d’une personne mais aussi de l’humanité tout entière. Combat courageux contre la maladie et soif de changer le monde. Questions sur notre existence éphémère et sur la place inconsistante de Dieu. Danse de noms et de lieux connus (Marx, Engels, Lafargue, Bakounine, Garibaldi, Lisbonne, Le Locle, les vallées tessinoises…) avec comme décor, à la fois proche et lointain, celui de la Commune parisienne. Toutes ces dimensions, et bien d’autres, se trouvent dans ce beau petit livre que nous offre le poète et écrivain Alberto Nessi.
Homme engagé, sensible aux questions sociales, l’auteur tessinois met en scène la vie, courte et pleine, du révolutionnaire de la Première Internationale, José (Giuseppe) Fontana. Enfance enracinée dans la pauvreté et les superstitions, quand la lutte pour la survie et les créatures imaginaires cohabitent et se combattent. Adolescence et apprentissage d’horloger dans les montagnes neuchâteloises, quand on prend conscience des inégalités sociales et de l’exploitation, quand la maladie et la mort rôdent, quand les sentiments amoureux éclosent. Vie d’adulte, de libraire et de militant, dans une Lisbonne des prolétaires solidaires et des intellectuels engagés jusqu’à ce que la maladie fatale emporte notre héros.
L’heure de la révolution
Alberto Nessi, via Fontana, attaque les grands débats du XIX e , d’une actualité toujours brûlante: les difficultés matérielles et immatérielles des travailleurs les empêchant de s’émanciper, les formes que doivent prendre les luttes des dominés, le type d’organisation politique efficace et humaine qu’il serait nécessaire de forger afin de changer le monde, la société que l’on projette pour l’avenir… Nessi accuse le capitalisme, «ce poison qui tue les hommes» et ses serviteurs dont le «Dieu est le capital». Il propose aussi des pistes: chercher «la vérité dans les choses interdites», faire en sorte que tous les hommes soient autant égaux qu’illustres, fabriquer une montre à La Chaux-de-Fonds «pour donner l’heure exacte aux classes laborieuses». L’heure de la révolution? Peut-être pour la semaine prochaine. Une révolution qui ne doit pas être violente, tout en visant la transformation sociale complète: «Tant qu’il n’y aura pas d’égalité économique, l’égalité politique sera un mensonge.»

Théo Spartakakis
Gauchehebdo