Le verre ardent

Des plaines de désirs inondées jusqu’aux chevilles

Des plaines de désirs inondées jusqu’aux chevilles est le premier recueil de Stéphane Berney. Il réunit des poèmes où l’image passe avant la narration et ouvre un espace de liberté. L’imparfait y garde la trace des gestes et des voix, comme une mémoire en mouvement. On avance dans un paysage qui change, entre nuit et lumière, où le désir vacille, revient, insiste.
Avec un humour discret, la langue reste proche des forêts, des ports, des bêtes, et fait entendre leur vibration. Rien n’est figé, tout recommence. Chaque poème devient une manière de tenir, de laisser le monde trembler et de l’habiter malgré tout. Comme si chaque mot devait reconquérir son droit à exister.

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Genre
Poésie
Année de parution
2026
ISBN
978-2-88241-578-3
Collection
Le verre ardent
Nb. de pages
88

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Revue de presse
2

La première impression - on dit que c’est la bonne -, dès le titre, est que le poète invite les sentiments humains à composer avec le monde environnant, notamment avec l’eau. 

 

L’eau, c’est la vie. N’est-ce pas?

 

Le premier poème est un cri, prémonitoire:

Lorsqu’il ne restera

Plus rien à étancher

Surgira l’immobilité des hamsters

Et celui de devoir

Sérieusement

Leur parler 

Face à face

Dans le silence

Des roues de plastique

Dans le silence 

Qui rouille

Rapidement

 

Dans les poèmes suivants, il est beaucoup question du ciel, c’est-à-dire du jour et de la nuit:

Le silence éphémère

Entre la peau du jour

Et la pilosité nocturne

 

Ou:

Nous descendions 

Vers le soir

Nous raclions

Nos semelles de nuit

Sur les poussières du jour

 

Ou encore:

En réalité

C’était le jour 

Qu’il poursuivait

À perdre haleine

À tous les étages de la nuit

 

L’amour n’est pas absent, mais il est parfois confus:

Rappelle-moi

C’est urgent

C’est pour dire que je t’aime

Oui, c’est moi, alors

Rien, ça m’a passé

J’étais simplement

Barbouillé

 

Avant, peut-être, de trouver la solution:

T’embrasser

Pour remettre

La tristesse à plus tard

Lorsque les chemins

Pavés d’envie

Jusqu’à notre repaire

Auront été dégagés

 

La nature n’est jamais loin:

Son visage

À elle

Sentait

Entre ses mains

À lui

La forêt trempée

 

Le temps qui s’écoule non plus:

Il leur a échappé

Il a filé par leurs poches percées

 

Ces fous

Ivres de leur équipée

Avaient oublié

De les recoudre

 

La fin permet tous les débouchés:

Au revoir

Et surtout

Laissez bien

Le pot de confiture entamé

La porte entrebâillée

L’eau couler

Le gaz ouvert

La première impression - on dit que c’est la bonne -, dès le titre, est que le poète invite les sentiments humains à composer avec le monde environnant, notamment avec l’eau. 

 

L’eau, c’est la vie. N’est-ce pas?

 

Le premier poème est un cri, prémonitoire:

Lorsqu’il ne restera

Plus rien à étancher

Surgira l’immobilité des hamsters

Et celui de devoir

Sérieusement

Leur parler 

Face à face

Dans le silence

Des roues de plastique

Dans le silence 

Qui rouille

Rapidement

 

Dans les poèmes suivants, il est beaucoup question du ciel, c’est-à-dire du jour et de la nuit:

Le silence éphémère

Entre la peau du jour

Et la pilosité nocturne

 

Ou:

Nous descendions 

Vers le soir

Nous raclions

Nos semelles de nuit

Sur les poussières du jour

 

Ou encore:

En réalité

C’était le jour 

Qu’il poursuivait

À perdre haleine

À tous les étages de la nuit

 

L’amour n’est pas absent, mais il est parfois confus:

Rappelle-moi

C’est urgent

C’est pour dire que je t’aime

Oui, c’est moi, alors

Rien, ça m’a passé

J’étais simplement

Barbouillé

 

Avant, peut-être, de trouver la solution:

T’embrasser

Pour remettre

La tristesse à plus tard

Lorsque les chemins

Pavés d’envie

Jusqu’à notre repaire

Auront été dégagés

 

La nature n’est jamais loin:

Son visage

À elle

Sentait

Entre ses mains

À lui

La forêt trempée

 

Le temps qui s’écoule non plus:

Il leur a échappé

Il a filé par leurs poches percées

 

Ces fous

Ivres de leur équipée

Avaient oublié

De les recoudre

 

La fin permet tous les débouchés:

Au revoir

Et surtout

Laissez bien

Le pot de confiture entamé

La porte entrebâillée

L’eau couler

Le gaz ouvert

Francis Richard
Blog

Une poésie douce-amère au cœur de notre course vers l’abîme

Le Gruérien Stéphane Berney publie son premier recueil de poèmes. Il en lira des extraits lors d’une soirée des Haut Parleurs. Rencontre avec un auteur qui met une touche d’ironie dans son observation du monde.

 

 

On ne compte plus les cordes qu’il ajoute à son arc. Ancien projectionniste de cinéma, puis journaliste et porte-parole des TPF, aujourd’hui conseiller personnel de Vincent Ducrot (CEO des CFF), le Bullois Stéphane Berney publie son premier recueil de poèmes, Des plaines de désirs inondées jusqu’aux chevilles. Il en lira des extraits (…) à La Porte à côté (…).

L’été dernier, Stéphane Berney voyait un de ses textes sélectionné pour l’exposition Format Mondial, passée par Fribourg, Bulle et Morat. Arthur Billerey, cofondateur des Édtions La Veilleuse (…) repère ce texte. Il prend contact et demande au Gruérien s’il n’a pas d’autres poèmes qui pourraient constituer un recueil. «J’y travaillais déjà, sans penser que cela pourrait intéresser quelqu’un. La poésie, je la pratique de manière régulière, mais sans réel projet.»

 

L’abstrait et le quotidien

 

Le projet a néanmoins pris forme et voici un recueil intrigant, très affirmé. Avec ses vers brefs, ses fulgurances («La nuit / est une promesse / nous

en sommes / le mensonge») et sa manière singulière de mêler l’abstrait aux sensations du quotidien, comme le laisse deviner le titre. «Tu as jeté / Une planche / Sur le matin / L’espoir insensé / De le traverser / Au sec…» L’imagination et le rêve croisent la forêt, les animaux, les doigts dans la confiture, la lumière dans les futaies.

«J’ai toujours été fasciné par les grands maîtres hollandais de la peinture, souligne Stéphane Berney. Par leur manière de faire cohabiter une scène au premier plan et, tout au fond, de placer une maisonnette. Que font ces gens qui l’habitent? J’ai envie de mettre ça en poésie: cette simultanéité entre un premier plan qui peut être ardu, sérieux, et des choses plus éloignées.

La poésie de Stéphane Berney se révèle ainsi surprenante.ß La fiction reste en effet, à ses yeux, un moyen de parler de problèmes contemporains et de «montrer un certain chemin». Sans pour autant céder à «la dictature de la péripétie» ni à la mode de l’autofiction. «Je ne veux pas parler de mon père, de ma mère ou de mon enfance. Je n’arriverais pas à porter cela à une universalité. Et je n’ai pas du tout une vie intéressante… Elle est d’une banalité et d’une tristesse complètes!» On veut bien le croire, mais au moins a-t-elle plein de cordes à son arc. Et la poésie n’est pas la moins solide avec des images souvent inattendues: «Mettre quelques larmes à bouillir / Les regarder s’évaporer / Rejoindre le ciel / Et ses mille animaux de brume…» On y trouve des touches d’ironie, même si le fond demeure plutôt sombre. «Nous sommes tous pris dans le même mouvement, sourit-il. Le scarabée, nous, l’aigle: nous nous précipitons tous vers un abîme inconnu… Nous avons bien sûr une part de responsabilité, mais nous ne sommes pas seuls. Et cette fraternité dans le crépuscule m’intéresse beaucoup.»

 

Aussi sur internet

 

D’accord, mais l’ironie, là-dedans? «Le fait qu’on aille vers cet abîme-là me fait marrer… On peut mettre tous les panneaux photovoltaïques qu’on veut, on peut éteindre toutes les villes du monde la nuit, ça ne changera rien. Alors autant essayer d’avoir un peu de bon temps, même si c’est de plus en plus difficile.»

Ce premier recueil ne marque toutefois pas les débuts de Stéphane Berney en poésie: depuis 2011, il alimente son site, Le périmètre des carburatrices. «J’écris au fur et à mesure et dès que j’ai des choses prêtes, je les mets sur le site. Je poste aussi certains textes sur mon compte Instagram. La différence, c’est que pour ce recueil, il fallait faire une sélection pour avoir un corpus qui tienne.» Quelques poèmes ont été repris du site, mais la plupart sont des inédits.

Sur le bandeau entourant le livre, une citation de Philippe Djian: «Ah! Une poésie douce-amère, taillée dans du marbre.» Pas un hasard: Stéphane Berney a suivi de nombreux ateliers d’écriture avec l’auteur du roman 37.2° le matin. «C’est devenu un ami, je vais régulièrement le trouver à Biarritz. Pour moi, c’est un maître. On a beaucoup travaillé le style, le rythme, la construction d’une phrase.» D’autres ateliers avec Philippe Forest ont porté sur l’incipit et le sens de la mesure

 

Loin de l’autofiction

 

Autant dire que l’écriture, pour Stéphane Berney, demeure chose sérieuse, même s’il la teinte de légèreté. Après un essai coécrit avec Jean Romain (Ploukitudes, 2017), après Des plaines de désirs inondées jusqu’aux chevilles, il pourrait bien viser un jour un roman. «Je suis attiré par la fiction, mais elle demande beaucoup de temps et de régularité.»

La fiction reste en effet, à ses yeux, un moyen de parler de problèmes contemporains et de «montrer un certain chemin». Sans pour autant céder à «la dictature de la péripétie» ni à la mode de l’autofiction. «Je ne veux pas parler de mon père, de ma mère ou de mon enfance. Je n’arriverais pas à porter cela à une universalité. Et je n’ai pas du tout une vie intéres-

sante… Elle est d’une banalité et d’une tristesse complètes!» On veut bien le croire, mais au moins a-t-elle plein de cordes à son arc. Et la poésie n’est pas la moins solide.

Une poésie douce-amère au cœur de notre course vers l’abîme

Le Gruérien Stéphane Berney publie son premier recueil de poèmes. Il en lira des extraits lors d’une soirée des Haut Parleurs. Rencontre avec un auteur qui met une touche d’ironie dans son observation du monde.

 

 

On ne compte plus les cordes qu’il ajoute à son arc. Ancien projectionniste de cinéma, puis journaliste et porte-parole des TPF, aujourd’hui conseiller personnel de Vincent Ducrot (CEO des CFF), le Bullois Stéphane Berney publie son premier recueil de poèmes, Des plaines de désirs inondées jusqu’aux chevilles. Il en lira des extraits (…) à La Porte à côté (…).

L’été dernier, Stéphane Berney voyait un de ses textes sélectionné pour l’exposition Format Mondial, passée par Fribourg, Bulle et Morat. Arthur Billerey, cofondateur des Édtions La Veilleuse (…) repère ce texte. Il prend contact et demande au Gruérien s’il n’a pas d’autres poèmes qui pourraient constituer un recueil. «J’y travaillais déjà, sans penser que cela pourrait intéresser quelqu’un. La poésie, je la pratique de manière régulière, mais sans réel projet.»

 

L’abstrait et le quotidien

 

Le projet a néanmoins pris forme et voici un recueil intrigant, très affirmé. Avec ses vers brefs, ses fulgurances («La nuit / est une promesse / nous

en sommes / le mensonge») et sa manière singulière de mêler l’abstrait aux sensations du quotidien, comme le laisse deviner le titre. «Tu as jeté / Une planche / Sur le matin / L’espoir insensé / De le traverser / Au sec…» L’imagination et le rêve croisent la forêt, les animaux, les doigts dans la confiture, la lumière dans les futaies.

«J’ai toujours été fasciné par les grands maîtres hollandais de la peinture, souligne Stéphane Berney. Par leur manière de faire cohabiter une scène au premier plan et, tout au fond, de placer une maisonnette. Que font ces gens qui l’habitent? J’ai envie de mettre ça en poésie: cette simultanéité entre un premier plan qui peut être ardu, sérieux, et des choses plus éloignées.

La poésie de Stéphane Berney se révèle ainsi surprenante.ß La fiction reste en effet, à ses yeux, un moyen de parler de problèmes contemporains et de «montrer un certain chemin». Sans pour autant céder à «la dictature de la péripétie» ni à la mode de l’autofiction. «Je ne veux pas parler de mon père, de ma mère ou de mon enfance. Je n’arriverais pas à porter cela à une universalité. Et je n’ai pas du tout une vie intéressante… Elle est d’une banalité et d’une tristesse complètes!» On veut bien le croire, mais au moins a-t-elle plein de cordes à son arc. Et la poésie n’est pas la moins solide avec des images souvent inattendues: «Mettre quelques larmes à bouillir / Les regarder s’évaporer / Rejoindre le ciel / Et ses mille animaux de brume…» On y trouve des touches d’ironie, même si le fond demeure plutôt sombre. «Nous sommes tous pris dans le même mouvement, sourit-il. Le scarabée, nous, l’aigle: nous nous précipitons tous vers un abîme inconnu… Nous avons bien sûr une part de responsabilité, mais nous ne sommes pas seuls. Et cette fraternité dans le crépuscule m’intéresse beaucoup.»

 

Aussi sur internet

 

D’accord, mais l’ironie, là-dedans? «Le fait qu’on aille vers cet abîme-là me fait marrer… On peut mettre tous les panneaux photovoltaïques qu’on veut, on peut éteindre toutes les villes du monde la nuit, ça ne changera rien. Alors autant essayer d’avoir un peu de bon temps, même si c’est de plus en plus difficile.»

Ce premier recueil ne marque toutefois pas les débuts de Stéphane Berney en poésie: depuis 2011, il alimente son site, Le périmètre des carburatrices. «J’écris au fur et à mesure et dès que j’ai des choses prêtes, je les mets sur le site. Je poste aussi certains textes sur mon compte Instagram. La différence, c’est que pour ce recueil, il fallait faire une sélection pour avoir un corpus qui tienne.» Quelques poèmes ont été repris du site, mais la plupart sont des inédits.

Sur le bandeau entourant le livre, une citation de Philippe Djian: «Ah! Une poésie douce-amère, taillée dans du marbre.» Pas un hasard: Stéphane Berney a suivi de nombreux ateliers d’écriture avec l’auteur du roman 37.2° le matin. «C’est devenu un ami, je vais régulièrement le trouver à Biarritz. Pour moi, c’est un maître. On a beaucoup travaillé le style, le rythme, la construction d’une phrase.» D’autres ateliers avec Philippe Forest ont porté sur l’incipit et le sens de la mesure

 

Loin de l’autofiction

 

Autant dire que l’écriture, pour Stéphane Berney, demeure chose sérieuse, même s’il la teinte de légèreté. Après un essai coécrit avec Jean Romain (Ploukitudes, 2017), après Des plaines de désirs inondées jusqu’aux chevilles, il pourrait bien viser un jour un roman. «Je suis attiré par la fiction, mais elle demande beaucoup de temps et de régularité.»

La fiction reste en effet, à ses yeux, un moyen de parler de problèmes contemporains et de «montrer un certain chemin». Sans pour autant céder à «la dictature de la péripétie» ni à la mode de l’autofiction. «Je ne veux pas parler de mon père, de ma mère ou de mon enfance. Je n’arriverais pas à porter cela à une universalité. Et je n’ai pas du tout une vie intéres-

sante… Elle est d’une banalité et d’une tristesse complètes!» On veut bien le croire, mais au moins a-t-elle plein de cordes à son arc. Et la poésie n’est pas la moins solide.

Éric Bulliard
La Gruyère
28 mai 2026