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Trois
recueils pour suivre pas à pas le poète dans son cheminement, ses
hantises et ses peurs. Cet élan poétique qui le traverse et met au jour
le monde obscur qui l’anime. …En revanche, la poésie, cette chose
ailée, fugitive, légère, qui habite à cette frontière de la musique où
vont mourir les mots… La poésie que l’on a en vain essayé d’apprivoiser
au moyen d’une métrique codifiée, de la rime enchanteresse, tolère mal
la justice et, pourrait-on dire, la pensée quand celle-ci se croit
porteuse de vérité, profitable. D’où le fait qu’elle se trouve reléguée
aux marges d’ombre quand le poète – tenté d’expliciter ce que la poésie
a fait de ce monde obscur en lui qui l’a poussé à écrire – engage ses
forces de création dans une double voie, où poésie et roman progressent
parallèlement.
…Chessex donne l’impression, comme disait Claudel à propos de Verlaine,
non pas d’un auteur qui parle, mais d’une âme que l’auteur ne réussit
pas à empêcher de parler. Tandis que le romancier, lui, aspire
désespérément à parler, à multiplier les conjectures, à développer tous
les points de vue de son sujet: lui-même, ses fantômes, ses fantasmes.
Il était temps que le poète prenne sa revanche, et que la trentaine de
recueils publiés, ici et là, entre 1954 et 1997, soient réunis. Voilà
qui est fait, voilà l’œuvre: en trois volumes superbes où l’on suit le
pas du poète, la cohérence sans faille de son cheminement. Et, alors
que très vite il s’est inventé une discipline à son usage, on sent par
moments que tel état poétique a été suscité par Baudelaire, ou telle
mélodie par Verlaine.
HECTOR BIANCIOTTI, Le Monde
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