CHIARA MEICHTRY-GONET

PASSAGE DES CŒURS NOIRS

Roman
2019. 144 pages. Prix: CHF 27.00
ISBN 978-2-88927-447-2


Biographie

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Que voilà un livre plaisant à lire! Phrases courtes, légères, poudrées de poésie qui s’envolent, virevoltent avant de se poser dans la paume du lecteur.
Deux femmes, deux hommes dont les destins se croisent. Il y a Livia «belle, merveilleusement, bizarrement belle». Et puis il y a Guillaume, hypnotisé par «les petits cheveux moussus de l’inconnue du café.» «J’avais vu son âme et elle la mienne».
Exit les deux personnages que l’on retrouvera plus tard. Entrent en scène deux nouveaux protagonistes, Virgile, trente ans, banquier au costume austère, ébloui par la fille alanguie dans son lit. Du coup, la vie devient belle. Mais Heloïse est attendue en Amérique. Pourquoi cette envie soudaine de Virgile de lui parler de Livia, sa mère «oiseau trop tôt fauché dans son vol. La faute à la fumée, à l’alcool».
Des femmes gravitent dans son sillage. Aïda qui maudit la guerre qui l’a obligée à quitter ses forêts, ses collines. Marie-Jeanne, magnifique et discrète secrétaire. Heloïse est restée. Ils se sont mariés. Une petite fille leur est née. Pas un instant le lecteur ne subodore le dénouement.
Passage des cœurs noirs c’est deux histoires d’amour, fortes, irisées. Des histoires si belles sont-elles faites pour durer? Le roman de Chiara Meichtry-Gonet est un livre solaire. La poésie est omniprésente. «Le café marbré comme du pétrole emplit la cuisine d’un parfum de soleil». Ou bien «Le petit matin cajole le parquet». Ou encore «La toute petite vie qui grandit en elle laisse entendre sa jolie musique».
La langue est délicate, émouvante, limpide. Virgile parle de sa fille: «Ma toute petite, jolie tendresse, impatient diablotin qui me réveille en me sautant dessus».
Finalement «la seule question intéressante et qui traverse tout le livre c’est, sans dieu ni au-delà, comment vivre avec toutes nos morts?» L’auteure de ce bijou est née à Lausanne en 1977. Elle vit et travaille à Sion en tant que journaliste. Pendant cinq ans, elle a suivi des cours de philosophie à Rome, avec une spécialisation en logique mathématique. Qui l’eût imaginé?
Ce roman, je l’ai lu avec délectation. Un des plus beaux livres entre mes mains.


ÉLIANE JUNOD, 
L'Omnibus, 2019

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Danser avec la vie quand on se sait mortel

Dans un court roman empli de tendresse et de nostalgie, l’auteure romande Chiara Meichtry-Gonet plonge ses personnages dans les vertiges de l’amour. Un récit virevoltant, d’une force tranquille étonnante.


Ces gens qu’on aime par-dessus les autres, plus que tout, si vite, si fort, dès la naissance, depuis le ventre, dès l’adolescence ou plus tard, depuis un choc amoureux dans le coeur et la tête. Ces gens, enfants, parents, filles, garçons, hommes, femmes, mariés ou amants, ces amours d’une vie, de passage qui passent puis trépassent, parfois trop vite. Cette évanescence des vivants tant aimés face à l’absurdité de destinées mortelles, c’est ce que raconte sans pathos ni débordements tragiques le deuxième romande de l’écrivaine romande Chiara Meichtry-Gonet, dont la beauté mystérieuse se love dans le titre déjà: Passage des coeurs noirs. Il y a Guillaume et Madeleine, qui n’ont finalement jamais vécu ensemble mais qui ont eu une fille, Heloïse, jeune étudiante dont tombe amoureux Virgile, jeune banquier qui a perdu sa mère, Livia, trop tôt. Se pourrait-il que Guillaume ait connu Livia? Qui sont toutes ces femmes qui tournent autour de Virgile?
Quatuor d’ombres et de lumières, pénétré par l’amour, mais entouré d’un cercle de secrets, de silences et de solitudes. Leurs voix, se mêlent et se démêlent, un peu, au fil de ce court roman qui virevolte avec une force tranquille surprenante sur les peines et les joies des personnages principaux. On partage leurs sentiments, des sommets aux abysses, on devine des non-dits, mais on ne saisira pas tout de ces coeurs noirs de passage. Les morts laissent des «creux» qui ne se «remplissent jamais».
Si la vie est bien là, et c’est le choix que fera définitivement Virgile avec sa fille Alma, c’est pourtant bien la mort qui plane sur ce livre, mais sans lourdeur aucune, cas sous la plume de Chiara Meichtry-Gonet, née à Lausanne en 1977 avant de grandir en Valais où elle vit et travaille aujourd’hui, la mort «ricane» et «rigole bien».

Les âmes vagabondes

Avec beaucoup d’aisance, l’auteure de La Part des ombres (2014) nous emmène au coeur des émotions et réflexions intérieures de ce quatuor énigmatique, avec ses rêves et ses angoisses, ses désespoirs et ses espoirs, ses souvenirs et ses regrets, ses pertes et ses renaissances, au gré des saisons, à la ville ou à la montagne. Et pour qui la mort n’emporte pas tout. «Les émotions sont. Elles ont leur langue, leurs mots. Parfois ces mots se donnent la main par-dessus les âmes. Parfois, ils n’ont plus d’utilité, même plus d’essence, ou alors la langue commune est si forte qu’elle n’a pas besoin de s’appuyer sur leurs syllabes, leurs sons, leurs cathédrales.»
Âmes vagabondes en quête de sérénité et de paix, que ce soit sur la terre ou le ciel. Mais pour ceux qui restent de passage sur terre, cette question centrale et profonde qu’aborde avec philosophie et poésie cette lecture éclair: comment vivre humainement, sans béquille aucune, avec toutes nos morts? Sur ce socle mouvant et incertain, Passage des coeurs noirs ne donne heureusement pas de réponse, concentré sur son territoire littéraire, son récit et son langage, et superposant avec tendresse et nostalgie liens amoureux, filiaux et amicaux.


JEAN-FRANÇOIS SCHWAB, 
Le Temps, 2019

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Dans Passage des coeurs noirs, le roman de Chiara Meichtry-Gonet, il est question de vie, mais aussi de mort, sans qu’il y ait pour autant rupture, mais simple passage sans gravité de l’une à l’autre.
Ainsi Virgile, à peine a-t-il fait la connaissance d’Heloïse qu’il a envie de lui présenter sa mère, Livia, qui pourtant n’est plus de ce monde, parce que, c’est clair et net, elle est son ange, sa douce.
Livia travaillait beaucoup, était une grande voyageuse, mais elle est «partie, un jour, simplement un peu plus longtemps…» Le père de Virgile, François, n’a plus «prononcé un vrai mot depuis…»
Virgile est un jeune banquier, qui, tout cravaté et costumé, se rend tous les jours dans sa tour de verre, au 18e étage, pour officier. Heloïse est étudiante et doit partir bientôt pour l’Argentine.
C’est ce qu’ont décidé les parents d’Heloïse, Madeleine et Guillaume, qui s’aiment mais ne vivent pas ensemble: Heloïse a donc «deux chambres, deux lits, deux armoires et deux bibliothèques.»
Madeleine est responsable d’une unité de soins palliatifs, Guillaume est peintre, et charpentier, «parce qu’il refuse d’exposer.» Elle habite en ville, lui une jolie maison, un peu plus haut dans la vallée.
De son côté, Heloïse n’a tout de suite que Virgile en tête et décide de lui écrire: «Comme le lui avaient appris ses parents, les mots écrits seraient le relais de ses pensées, les accroches de son coeur.»
Virgile et Heloïse s’aiment donc et le cours de leur existence s’infléchit lorsqu’Alma, leur enfant paraît. Comme il n’y a pas rupture avec la mort, trois femmes protégeront cette enfant à l’avenir:
«Livia qui lui racontait le monde, Heloïse qui la caressait et Madeleine qui l’entourait de tendresse,»

Blog de FRANCIS RICHARD

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Passage des coeurs noirs est un roman tranquille, une balade sur les rives boisées, caressées d’ombres douces, d’un amour lumineux. Plusieurs voix se mêlent pour raconter les rêves et les angoisses, les plongées dans le désespoir, la renaissance, aussi, de ceux que les manques blessent. Il y a un peu de mer, pour l’espoir, quelques prés alpins, pour la nostalgie et les tendresses, de l’alcool pour les abysses, des livres, pour les souvenirs et les langueurs.
Virgile, porté par un kaléidoscope de figures féminines, aime Heloïse, d’un coup. Il va l’accompagner jusque dans les tréfonds de sa douleur lorsque sa mère meurt, et faire, avec elle, le choix de la vie, qui jusqu’alors l’indifférait. Et puis, il va la perdre, subitement, et tracer, avec leur petite fille, un semblant de route, parsemé de rencontres farfelues, aimantes ou terrifiantes, jusqu’aux bords de la mer Noire, des années plus tard, à la recherche de la paix.
Le récit est structuré essentiellement au coeur des émotions et des réflexions intérieures des personnages principaux. On va s’installer avec chacun d’eux dans le wagonnet de leurs montagnes russes personnelles et explorer les instants, d’amour, d’amitié, de confiance, d’éloignement, au gré des ressacs.
Finalement, la seule question intéressante et qui traverse tout le livre, c’est, sans dieu ni au-delà, comment vivre avec toutes nos morts…

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