Ce
roman de Jacques-Étienne Bovard aurait pu s'appeler «Un été 2082». On
ne peut pas dire qu'il annonce un «avenir radieux». D'aucuns diront
donc qu'il s'agit d'une «dystopie».
Mais, commençons par le commencement. Zénon Denolieu se rend chez un
médecin, le docteur d'Argy, le 17 juin de 2082, cette année fatidique.
Il vient pour guérir de son mal:
«L'hyperbolie des élans vitaux que vous présentez est rare à ce stade,
mais ne constitue pas une pathologie», lui dit le Dr Roman d'Argy.
Oui, mais cela lui vaut d'être assujetti à la «HappTax», taxe, «en
faveur des défavorisés», sur les plaisirs particuliers et l'état de
bonheur général, mesurée par une sonde dans la moelle.
Il n'existe pas de «solution chimique acceptable» pour son problème.
Aussi lui est-il prescrit un seul remède: «Écrire à volonté», pour
atténuer l'intensité de ses émotions et sensations.
Le docteur d'Argy suggère, de plus, pour que soit également lissé le
coefficient de «General Happiness» de Madame - Eva Denolieu -, que
celle-ci pratique de même de son côté.
Zénon est violoniste, spécialiste de Paganini. Eva est «Learning
Animator à Knowledge Garden», c'est-à-dire qu'elle transmet «aux jeunes
son amour des maths et de la physique.»
Ils vécurent heureux est le livre en cinq mouvements de la tentative de
Zénon de l'être un peu moins avec Eva pour ne pas être trop taxés, et
d'échapper à d'autres joyeusetés.
Parmi ces joyeusetés, il y a l'omniprésence de l'État obèse, sous la
forme de normes, de taxes, de bureaucraties, de contrôles, et la
dénonciation des «makarioï» 1 que tous deux sont.
La Suisse romande est ainsi devenue ValVauGe Maxicounty, la
Confédération, SwissFed. Car cette époque des rescapés du RNH3 se
caractérise par l'usage généralisé du «panglais».
Zénon, lui, emploie l'italien musical, métier oblige, et adresse ses
écrits, destinés à résoudre son problème, à Achille. Achille? Son
jumeau qui n'a pas survécu à l'atterrissage.
Eva a hérité d'une ferme à Praz Magnoux et des ennuis étatiques qui
vont avec. Zénon est mis en demeure, s'il veut rester au Filarmonic
Orchestra, de s'occuper de Kleber Laufuss.
Kleber Laufuss? «Vingt-trois ans, dyspraxique, dyslexique,
hyperanxieu»x etc. Zénon sera donc son mentor pour qu'enfin il obtienne
son «Entry Approval» au Filarmonic Orchestra.
Parallèlement Zénon prépare le Concorso à Genova, au cours duquel il
devra tirer au sort et jouer trois des 24 Caprices de Paganini, puis
deux autres œuvres de Paganini, etc.
Pour être le «Primo Premio» et avoir le privilège de jouer avec
l'instrument du Maestro, Zénon, le 7 juillet, décrit, en termes
galants, toute l'ampleur de la tâche qu'il a à accomplir:
«Juste la face nord de l'Eiger, en solitaire et costume de bain, le
Léman à la nage dans le sens de la longueur, L'Odyssée entière par
coeur - dans même plus trois mois.»
Les choses ne se passent pas du tout comme prévues, ni pour les
différents prétendants de l'État qui auraient bien voulu s'accaparer
l'héritage d'Eva en son absence, ni pour lui:
«Pénélope et Ulysse ont gagné.»
1 - Bienheureux, en grec.
Blog de FRANCIS RICHARD
Une quête de bonheur en 2082
Deux ans après Passé sous silence,
qui marquait son retour, Jacques-Étienne Bovard continue d’explorer
certains thèmes qui lui sont chers, comme l’importance de la musique et
les mœurs helvétiques. Mais Ils vécurent heureux
le fait sur un autre ton, nous sommes en 2082. Le monde a dû se
remettre d’une épidémie bien plus violente que celle du Covid. La
Suisse aussi a changé: on y paie en helvics et l’histoire se déroule
dans une région baptisée ValVaudGe.
Zénon Denolieu, le narrateur, doit énormément d’argent à la HappTax, un
impôt sur le bonheur, calculé par une sonde dans la moelle épinière.
C’est qu’il est très amoureux d’Eva et que le couple peine à réfréner
ses élans. Eva hérite d’une vieille ferme à Praz-Magnoux, qui leur
permettrait de quitter leur appartement de LausNova, et où Zénon,
violoniste, pourra préparer un important concours musical. Ils devront
toutefois lutter contre la Housing & Territory Commission, bien
décidée à les déloger.
À l’évidence, l’écrivain vaudois s’est amusé à lâcher la bride de son
imagination. Jusque dans cette langue où l’on abuse d’ellipses du
style« «cru un moment qu’on m’avait trouvé quelque chose», où l’on rêve
«station bio-centrique à la place du fournil, rassemblant
«lombricomposteur, entomothèque, mycocave et germinoir. Mais où l’on
parle encore d’un «rabedzet» et d’une femme «potue»…
ERIC BULLIARD, La Gruyère
En cette fin de XXIe siècle, le monde, ravagé par les guerres et les pandémies, se reconstruit sur un principe d’équité absolue.
Eva, prof de maths passionnée, et Zénon, violoniste épris de
virtuosité, vivent une lune de miel sans fin. La HappTax, impôt sur le
bonheur, les saigne donc à blanc. Ils s’en consolent très bien, et trop
souvent, dans leur deux-pièces de LausNova, où ils se sont résignés à
vivre d’amour et d’eau fraîche.
Mais voici qu’Eva hérite à l’improviste d’une vieille ferme à
Praz-Magnoux, petit paradis où fonder enfin une famille. Or les défis
sont nombreux. Comment résister aux efforts de la Housing and Territory
Commission pour les déloger ? Comment préparer, au milieu de ces
tribulations, le prestigieux Concorso Nuovo Paganini?
Pour garder le cap, et soulager sa main gauche en détresse, Zénon écrit la chronique de cet été de tous les inattendus.
À la fois dystopie drolatique et conte de fée coquin, Ils vécurent heureux est un roman où l’auteur de Nains de Jardin et du Pays de Carole laisse libre cours à une fantaisie aussi pétillante que bienvenue par ces temps lourds.
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