CHIARA MEICHTRY-GONET

MATHILDE-SOUS-GARE

Roman
2020. 160 pages. Prix: CHF 28.00
ISBN 978-2-88927-459-5


Biographie

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Mathilde-sous-Gare, de Chiara Meichtry-Gonet, chez Bernard Campiche Éditeur

Mathilde en partance. Toujours entre deux trains. Entre deux gares. Son port d’attache après ses errances? Une petite ville du nord. Avec Jean, être lunaire. Qui la dévore des yeux. Comme un chien éperdu d’amour regarderait sa maîtresse.
Mais Jean ne s’est pas montré à la hauteur de ses attentes.«Assommé par la peur.» Alors elle a fui. Attirée par l’appel d’Anna, l’amie fidèle. Ses valises, elles les déposera dans un village de Sicile. En même temps que le petit qui va naître, le fils de Jean. «Ce fut un feu d’artifice. Elle l’entoura de mot d’amour. Elle lui apprit les silences et la profondeur de la nuit.»
Son cœur ardent croit au retour de Jean. Lui se débat avec ses vieux démons. Passent les années. S’écoulent les saisons. Mathilde n’en peut plus d’attendre. Un jour, elle disparaît sans laisser de trace. Sauf un carnet trouvé sur la table par son fils. «Il répétait chaque soir ces phrases manuscrites et s’en fit un linceul.»
Il l’a remis à Jean, ce carnet. Sa lecture fait de grands tourbillons en son âme. «Les mots gravés tintaient doucement.» «Tu me manques.» Une litanie qui imprime sa cadence au carnet de Mathilde. «Elle était devenue un vitrait et Jean contemplait la lumière qui émanait d’elle.» Cet amours incandescent brûlera leurs ailes.
La langue est belle et souple. Balancée comme le rythme du train. Avec des mots ronds, sucrés. Acides parfois, intenses toujours. On les déguste avec gourmandise. La poésie, on la rencontre à chaque dénivelé ou embusquée derrière un bosquet. L’auteure a brossé des portraits savoureux de personnages croisés dans un train, sur un quai. Les détails des descriptions donnent de l’épaisseur au récit.
Chiara Meichtry-Gonet est née en 1977 à Lausanne. Journaliste de formation, elle vit et travaille à Sion. Elle a sillonné l’Europe dans les années 90, en train. Ses périples l’ont menée jusqu’en Russie. «Laisse-nous exister, Russie poétique, Russie exigeante, Russie cannibale, Russie infinie, je t’aime!»
Ce roman dense a été publié par Bernard Campiche Éditeur. C’est le troisième ouvrage de la jeune écrivaine.


ÉLIANE JUNOD
, L'Omibus,  12 février 2021

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Mathilde, toute en départs

Livre tout en absences, Mathilde-sous-Gare suit Mathilde, jeune femme qui remonte l’Italie dans un train bondé, propice aux rencontres brèves mais riches. Avec son air de fugue, le premier voyage en train de Mathilde en annonce de nombreux autres. Ce sont autant de prétextes à des portraits rapides comme des flashs, croqués en Europe et au-delà, de Paris à Saint-Pétersbourg ou à Istanbul: «Vapeurs d’encens, d’herbes, de thé à la pomme et de casseroles en cuivre. Le soir descend, Istanbul brille, et moi je suis triste.»
La relation de Mathilde avec Jean va-t-elle l’arrêter? Il y aura une violence, une ultime fuite en train. Dès lors apparaît, au fil de lettres tourmentées, un nouveau motif: celui de l’amour impossible, malgré ce trait d’union que représente l’enfant de Mathilde et de Jean. Dix-sept, trente puis cinquante ans: Mathilde-sous-Gare, c’est une vie de femme libre et sauvage, toute en départs mais aussi en rencontres. Fugaces ou prégnantes, dès le temps des dessins d’Icaro, elles savent émouvoir et l’auteure Chiara Meichtry-Gonet les retrace avec la sensibilité de ses mots.

DANIEL FATTORE, La Liberté, 19 décembre 2020

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La vie en fuite

Chiara Meichtry-Gonet fait le portrait délicat d’une trajectoire blessée dans Mathilde-sous-Gare.

Mathilde promène ses dix-huit ans en Italie avec son amie Anna. Sur la route du retour, en solo, il y a des hasards funèbres, des télescopages fatals qui en un instant mettent fin à l’innocence, comme le suggère en une phrase Chiara Meichtry-Gonet dans Mathilde-sous-Gare. Il faudra pourtant rentrer chez la mère, le jeans fétiche soudain poisseux abandonné comme le symbole de la pureté souillée, et vainement tenter de reprendre un quotidien futile.
Face à cet impossible, Mathilde fera de l’errance un mode de vie, fuguant de train en train, esquissant le portrait de ceux qu’elle y croisera, leur laissant la parole tant que la sienne se refusera. Lors de ces rencontres furtives, un homme se distinguera, Jean. Mais le plus beau des amours, fusse-t-il fécond, peut se dissoudre dans les vapeurs éthyliques. Mathilde, encore, devra repartir, avancer sans pour autant cesser de se retourner, caressant jusqu’à la désespérance l’espoir d’un inconcevable retour.
Elle est de ces héroïnes éthérées dont le destin ne se dessine qu’au travers des yeux de ceux qui croisent leurs pas ou étreignent trop rapidement leur main. C’est avec tout autant de subtilité et de finesse que l’auteure valaisanne raconte cette femme, la dessinant à l’aube de la vingtaine, dix ans plus tard et une dernière fois au seuil de la mort. Si l’envolée finale se consacre aux amours qui transcendent l’absence et se teinte d’une touche de surréalisme, Mathilde-sous-Gare, dans son ensemble, se lit le cœur aux aguets.


AMANDINE GLéVAREC
, Le Courrier, 5 novembre 2020

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«Mathilde vendait des portraits de gares et de trains. Elle écoutait les gens, puis transcrivait leur histoire. Ses billets étaient publiés, discutés, suivis. Ils étaient signés, mais elle, elle n'existait pas. Elle se déplaçait constamment, brouillait les pistes.»
Mathilde-sous-Gare commence dans un train, quand Mathilde a dix-sept ans. Elle vient de quitter Anna avec qui, lors d'une fugue organisée, elle a passé des jours, «au bord de la mer, à manger d'affreuses brioches à la glace.» Elle remonte vers le Nord, après une étape, à oublier, à Naples, entre deux trains.
Arrivée dans sa petite ville, elle sombre. Le contre-coup. Dans le café, sous les colonnes, avant de franchir les six kilomètres qui la séparent de chez elle, elle boit. Car elle qui écrit d'habitude facilement, ne trouve pas les mots. Sans doute est-ce parce qu'elle ressent «du vide partout autour d'elle et en elle.»
Quelques mois plus tard, quand Mathilde revoit Anna, celle-ci n'est pas dupe et comprend tout. Elle voit «le voile dans sa pupille.» Ensemble elles enterrent le passé de Mathilde: «Maintenant, elle allait écouter les histoires du monde et remplir tout son vide.» Jusqu'à ce qu'elle rencontre Jean dans un train.
Mathilde a donc écouté les histoires du monde et les a transcrites. C'étaient des histoires de gares et de trains, en Italie, en France, en Espagne, en Roumanie, en Turquie, en Russie et même en Californie: «Elle ne volait rien aux gens. Elle leur donnait de la voix, donnait chair à leurs mots et les faisait exister.»
Jean n'a qu'une crainte, c'est que Mathilde ne parte à nouveau par voies ferrées et par gares. Mais elle reste. Leurs amours se distendent. Jean sombre, mais elle reste, sans pouvoir s'empêcher de regarder passer les trains. Jusqu'au jour où Anna lui annonce qu'elle se marie et l'invite à ses noces, dans le Sud.
Dès lors les amours de Mathilde et de Jean demeureront malgré une longue absence. Ils se manqueront, mais rêveront indéfiniment l'un à l'autre, où qu'ils se trouvent. Parce que leurs corps et leurs esprits se souviendront, parce que les mots de Mathilde resteront et parce que Jean, à la fin, saura même les dessiner.


Blog
de FRANCIS RICHARD

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Mathilde a dix-sept ans, et puis trente et presque cinquante. Elle aime les histoires, les gens et les portraits de gares. Elle aime les cols hauts, les chaussettes de fil et les collines du Sud. Et puis, elle aime Jean. Un jour, Jean a trébuché, assommé par la peur. Il s’est oublié. Mathilde est partie, sans se retourner. Incapable de pardonner, incapable de cesser d’aimer. L’amitié, la maternité assècheront sa peine, sans pourtant éteindre ses solitudes ou ses silences.
En forme de road movie ferroviaire, huis-clos intime entrecoupé de rêveries de passage et parsemé de personnages bizarres, lumineux ou parfaitement soûls, le roman se déroule au rythme d’une déchirure, entre les frissons du manque et l’embrasement des désirs. La culpabilité aussi, qui s’insinue sous les douceurs, la reconstruction, du corps et de la volonté, et le désespoir, finalement, des adieux.

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