CUNEO, ANNE



Manifestations, rencontres et signatures
Index des auteurs


Née à Paris de parents italiens, Suissesse par mariage. Licenciée ès lettres et ès sciences pédagogiques de l’Université de Lausanne, puis formation de Conseil en publi­cité et de journaliste. Écrivain de livres «littéraires» et «documentaires». Écrit et met en scène pour la radio, la télévision et le théâtre. Depuis 1981 travaille aussi dans les mé­tiers du cinéma, comme assistante, scénariste, puis comme journaliste et réalisatrice, soit de façon indépendante, soit à la Télévision suisse.
Après une première phase autobiographique, Anne Cuneo découvre, à travers l’expérience théâtrale et cinématographique, les potentialités d’une forme de roman inspirée de la réalité mais susceptible de prendre des libertés avec elle pour en mettre en valeur certains aspects. Utilisée pour la première fois avec Station Victoria, elle a permis l’écriture d’œuvres basées sur des personnages réels. Dans Le Trajet d’une rivière, c’est la redécouverte d’un personnage oublié, et capital, de l’histoire de la musique. Dans Objets de splendeur, il s’agit d’un regard différent sur la vie amoureuse du jeune Shakespeare. Le Maître de Garamond raconte l’histoire d’Antoine Augereau, imprimeur à qui l’on doit maintes caractéristiques de l’orthographe moderne, et de ses rapports avec le plus célèbre de ses apprentis, Claude Garamond. Un monde de mots raconte l’histoire de John Florio, auteur du premier dictionnaire italien-anglais de l’histoire et traducteur de Montaigne en anglais. Zaïda est l’itinéraire d’une femme née en 1860, qui, l’année de ses cent ans, entreprend le récit de sa vie.
Anne Cuneo est également l’auteur d’une série de romans policiers (qu’elle qualifie plutôt de «romans sociaux») solidement enracinés dans la réalité sociale contemporaine. Et enfın, La Tempête des heures retrace la grande peur des Suisses en 1940, à travers les tensions du Schauspielhaus de Zurich, et par la voix d’une jeune réfugiée juive.
En mars 2013, Anne Cuneo a été nommée Commandeur de l’Ordre National du Mérite, par l’Ambassadeur de France en Suisse.

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À l’occasion du Salon du Livre de Genève, «Le Temps», avec l’association Autrices et auteurs de Suisse (AdS), invite des écrivains à raconter leur salon. Aujourd’hui: Anne Cuneo

«On fait comment pour écrire un livre?»
La question est zézayante. Le garçonnet doit avoir cinq ou six ans, et il regarde avec attention les livres du stand.
«Euh…»
«Moi», explique-t-il d’un air important, «je veux être écrivain, mais on fait comment pour écrire un livre?»
Je sais que le Salon du livre est le lieu naturel pour une telle question – mais comment répondre? Il me regarde avec de grands yeux noirs et attend.
«D’abord, dis-je, il faut avoir une histoire à raconter.»
«Quelle histoire?»
«Une histoire que tu as envie de partager.»
Il fouille dans sa poche, en sort un minuscule chien en peluche tacheté blanc et noir, me le tend.
«Comme quand moi je raconte une histoire à Zig-Zag?»
«Par exemple. Qu’est-ce que tu lui racontes?»
«Je lui raconte les histoires que ma maman me lit quand je vais me coucher.» Une pause. «Mais comme des fois elles ne me plaisent pas, je les mélange.»
«Et de beaucoup d’histoires t’en fais une seule?»
Je connais le coup d’œil dont il me gratifie: ma maîtresse primaire me regardait ainsi lorsque je réussissais une addition difficile.
«Voui!»
«Eh bien, un livre, c’est ça. On entend des histoires, on s’en souvient, et pour finir on en fait une seule histoire qui mélange les choses vues, entendues, lues. Tu sais écrire?»
Encore un regard d’instit.
«Bien entendu!»
Il attrape mon stylo-bille, un bout de papier et, laborieusement, trace quelques lettres.
«Bravo, que je lui fais. Tu as les histoires, tu sais écrire, tu peux y aller. Quand tu auras fini, tu viendras te renseigner pour savoir comment publier ton livre.»
«Et en faire mille livres?»
«En faire mille exemplaires, comme ceux qui sont ici.»
«Ah, c’est là que tu étais! Viens, bonhomme, il faut qu’on y aille.» La blonde soudain surgie au stand lui tend une main impérieuse.
Il remballe son chien, me fait un dernier sourire, s’éloigne la main dans celle de sa maman. Qui sait? Je viens peut-être de faire la connaissance du prochain Albert Camus. On est au Salon du livre, après tout.

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«Bernard Campiche est un homme d’utilité publique»

Le 18 juin 2011, à La Chaux-sur-Cossonay, les auteurs romands fêteront en public les vingt-cinq ans de métier de l’éditeur. Anne Cuneo salue son travail et lui dit sa fidélité au livre.

Dans ce café qu’elle fréquente volontiers, au cœur du vieux Zurich où elle habite, Anne Cuneo prend un évident plaisir à saluer le travail de son éditeur, Bernard Campiche. Elle lui doit beaucoup, mais lui aussi: certains de ses livres comme Le Maître de Garamond ou Le Trajet d’une rivière ont atteint des tirages impressionnants. Et assuré en quelque sorte la vie et la survie de la maison urbigène. Anne Cuneo est donc bien placée pour livrer, en quelques thèmes, sa vision de l’édition, de l’éditeur, du livre, de la passion d’écrire.

— Un éditeur, c’est?…
— Quelqu’un qui a un sens du texte et qui est capable de découvrir ceux qui ne sont pas évidents! Bernard Campiche est aussi d’une grande fidélité à ses auteurs, il fait confiance, il prend des risques. Il y a beaucoup d’auteurs, et peu d’éditeurs, la fidélité de l’éditeur est donc essentielle. Si je n’ai pas, personnellement, un éditeur dont j’ai bon espoir qu’il me publie, je n’arrive pas à écrire. Quant au caractère de Bernard Campiche, oui il peut avoir une sale tronche, comme on dit, mais moi, je ne me fâche pas avec lui. Il n’y a pas de raison de se fâcher avec l’éditeur Campiche. C’est un écorché vif, il ne faut pas donner dans ses plaies, c’est la moindre des choses. Si des gens le blessent où il ne faut pas, il explose, mais il ne fait pas semblant, il ne fait jamais semblant.

— Un premier livre, c’est?…
— Pour moi, ce fut Gravé au diamant, qui est réédité maintenant. Ce dont je me souviens, c’est la seconde dans la rue où tout à coup je me suis dit: «C’est comme ça qu’il faut que je l’écrive.» La question tournait dans ma tête depuis une année, et tout à coup… En six semaines il était écrit. Il avait, il y a quarante-quatre ans, été refusé par une cinquantaine d’éditeurs parisiens. Mais quelqu’un l’a lu ici et m’a dit qu’il conviendrait bien à une nouvelle collection consacrée aux auteurs suisses qui se créait à l’Aire Rencontre. Ce livre a très bien marché, à Paris aussi, et quelques éditeurs qui l’avaient refusé m’ont dit leurs regrets…

— Écrire, c’est?…
— Je suis née en me disant: «Je vais écrire.» J’étais fascinée de voir que les adultes étaient plongés dans cela – les livres, donc – à tel point qu’ils ne m’entendaient pas quand je les appelais. Alors je me suis dit: «Moi aussi, je veux écrire et être lue.» Mon premier roman d’aventure, j’avais sept ans. Malheureusement, je l’ai jeté. Je ne m’en félicite pas. Écrire n’est jamais une souffrance. Si c’en était une, j’arrêterais tout de suite. Mais il y a des moments plus compliqués, où je n’avance pas, je deviens insupportable, mais ce sont les meilleurs moments. J’aime tellement être concentrée sur le prochain livre.

— Être une femme qui écrit, c’est?…
— Ni un avantage ni un désavantage. Parce que trois quarts des lecteurs sont des lectrices. Cela donne une couleur au marché et à ceux qui ont accès à l’édition. Par contre, qu’on soit homme ou femme, la discrimination est réelle de la part des éditeurs parisiens envers les auteurs suisses. S’ils ne vivent pas à Paris, on ne les édite pas, ou exceptionnellement. Mon regret, avec ça, c’est qu’une partie de mes lecteurs m’est niée.

— Écrire des romans à succès, c’est?…
— Une seule fois j’ai gagné de l’argent avec un livre, c’est avec Le Trajet d’une rivière. Mais pendant les cinq ans qui ont précédé sa sortie, j’ai dépensé une fortune à parcourir l’Angleterre pour mes recherches. Aucune édition ne paiera jamais mon temps. Je suis donc reconnaissante au journalisme qui m’a nourrie, et qui m’a appris à écrire pour être lue, à écrire efficacement. À raconter aux gens leur propre histoire.

— Le souhait de l’auteur Anne Cuneo à son éditeur Campiche c’est?…
— Encore vingt-cinq ans comme ça! S’il fermait ce serait un drame. Il est d’utilité publique, et il y a longtemps que personne n’avait fait des aussi beaux livres…

PHILIPPE DUBATH, 24 Heures


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Âme de bronze
Au bas de mon rêve
Conversations chez les Blanc (à propos d’Anne-Marie Blanc, comédienne)
Les Corbeaux sur nos plaines 
Les Corbeaux sur nos plaines
(camPoche)
Gravé au diamant
(camPoche)
D'or et d'oublis
Gatti’s Variétés
Hôtel des cœurs brisés 
Hotel Venus
(camPoche)
Lacunes de la mémoire
Le maître de Garamond
Un monde de mots
Mortelle maladie
(camPoche)
Objets de splendeur
Opération Shakespeare, une aventure
(campImages)
Le Piano du pauvre
Portrait de l’auteur en femme ordinaire
(camPoche)
Prague aux doigts de feu
Prague aux doigts de feu
(camPoche)
Rencontres avec Hamlet
(Théâtre en camPoche)
Le Sourire de Lisa
Le Sourire de Lisa
(camPoche)
Station Victoria
Station Victoria
(camPoche)
La Tempête des heures
Le Trajet d'une rivière
Un monde de mots
Une cuillerée de bleu
(camPoche)
La Vermine
(camPoche)
Zaïda
Zaïda (camPoche)